Le cosplay en France au fil des années… Une grosse décennie de personnages hauts en couleurs

Il y a tout juste dix jours je fêtais mes 14 ans de cosplay. Mon premier costume, Card Captor Sakura, je l’ai porté avec ma soeur et deux amies de lycées, le weekend du 13 octobre 2000 A BD Expo au parc des Expositions Porte de Champerret. J’ai bien entendu loupé la date anniversaire mais pour fêter ça j’ai décidé de vous ressortir quelques photos de cosplay vintage histoire d’en apprendre plus sur l’évolution du marché de la perruque en France, entre autres choses. Revenons ensemble sur près de 15 ans de cosplay en France !

 

Salon ISC 2000 une cosplayeuse française que vous renconnaitrez surement en Nadia du Secret de l'Eau Bleue
Salon ISC 2000 une Minnimay en Nadia le Secret de l’Eau Bleue

2000-2002 – Mes premières années de cosplay en France… 

Saviez-vous qu’à l’époque nous avions des vestiaires sans miroirs, pomm’potes ou bouteilles d’eau ? Celles et ceux qui ont démarré le cosplay ces dernières années ne savent sans doute pas qu’il était possible de s’inscrire sur place le matin-même et de déposer son CD au stand cosplay (deux types derrière une table) afin qu’ils passent votre chanson au moment de votre passage, CD que vos récupériez après le concours.

Les cosplayeurs passaient la journée en costume à faire 35 fois le tour des 50 stands de la convention puis scannaient les photos prises à l’argentique pour les poster sur des forums internet des années bien avant le CosplayForum.

Mon premier cosplay en octobre 2000
Mon premier cosplay en octobre 2000

J’ai commencé le cosplay cette année-là après être tombée amoureuse d’une She-Ra l’année précédente. Mon costume cousu par ma mère est en satinette blanche et tulle rose, je ne porte pas de perruque et j’ai gardé mes lunettes sur scène. Mon sceptre est un bout de bois et le symbole deux feuilles de papier imprimées et collées l’une contre l’autre. Du haut niveau !

Un petit apperçu de l’ambiance à BD EXPO 2000 Espace Champerret :

De 2000 à 2002 le cosplay français connait une évolution fulgurante mais ce sont les années suivantes qui vont vraiment donner le ton pour la suite…



 

2003-2004 – Le kitsch poussé a son paroxysme ! Le cosplay français avance vers la maturité !
Les choses sérieuses commencent ! Entre les perruques aux couleurs vives et les choix de tissus limités, les années 2003-2004 pourraient sans honte se placer entre une compétition de patinage artistique en Europe de l’Est et un concours de gymnastes Russe.

Ces années la nous avons de vrais vestiaires et les concours deviennent un brin plus sérieux : les gros concours commencent à se démarquer de ceux, plus modestes des petites conventions.
Epitanime est plus que jamais la convention hype du moment pour les cosplayeurs et Japan Expo, alors toujours au CNIT de la Défense devient la convention de référence et LE concours annuel de cosplay en France.
Les cosplayeurs passent plus de temps sur leurs costumes, commencent à coiffer leurs perruques, à faire des recherches de matières et essayent de récuperer des vidéos de leurs passages sur scène via le marché noir du CD de cosplay qui fonctionne plutôt pas mal… Les armures commencent à devenir très à la mode et carton, papier-mâché et grillage à lapin vont bientôt être remplacé par le tapis de sol décathlon !

Groupe vainqueur de Japan Expo 2003, Langrisser
Groupe vainqueur de Japan Expo 2003, Langrisser

En 2003 et 2004 Japan Expo au CNIT ce n’est pas que de la brioche dans les vestiaires, c’est aussi l’arrivée en France d’une équipe de Gentils Organisateurs dévoués et motivés qui vont permettre au cosplay français de se développer.


2004 – Voix enregistrées, perruques colorés et effest spéciaux… le cosplay devient du serious business avec ce groupe Mermaid Melody (Notez ma performance, pas moins de trois voix différentes sur cette prestation rhalalala les succès de la jeunesse ) !

2005 – Premier World Cosplay Championship lors du World Cosplay Summit

Beaucoup de choses en 2005 : les GO du cosplay, ceux qui deviendront bientôt Cosplay Factory puis Epic encouragent les cosplayeurs à aller toujours plus loin dans leurs création, les traites aux petits oignons et organisent des évènement hors convention qui vont permettre l’émancipation de se hobby et la rencontre des cosplayers et du grand public !


Les sélections se sont faites à Epita parce qu’il n’y a pas eu de Japan Expo cette année-là. Les cosplayeurs français commence à découvrir le « star-système » et les premières famous cosplayeurs font leur apparition sur internet : elles sont italiennes et ont des fans un peu partout dans le monde. Angel Hitomi, Sonia Segreto et Giorgia Cosplay et bien sur celle qui les détrônera toutes Francesca Dani. En France Epitanime est saturé de cosplayers, ceux-ci peinant à trouver assez de conventions pour porter tous leurs costumes ! 2005 marque un tournant dans l’histoire du cosplay français et les années suivantes seront a mon sens l’âge d’or du cosplay Français….

Vintage world Cosplay Summit France Team #cosplay #wcs

Une vidéo publiée par Super Popette (@superpopette) le

Vintage world Cosplay compétition #cosplay #wcs Une vidéo publiée par Super Popette (@superpopette) le

Baby cosplayers ….. 10 years ago ! #wcs2005

Une vidéo publiée par Super Popette (@superpopette) le

Avec ces quelques extraits du World Cosplay Championship 2005 s’achève notre première partie de l’évolution du cosplay en France. Pour voir toutes les photos de nos jeunes années c’est sur le site COSPLAY WORLD que vous pourrez en apprendre plus et dont sont tirés toutes mes images d’illustration de cet article 🙂

Narcissisme et Cosplay

Le narcissisme est le fondement de la confiance en soi. Lorsqu’il est défaillant, le terme peut désigner l’importance excessive accordée à l’image de soi. Le dictionnaire commun le définit comme « contemplation de soi ou attention exclusive portée à soi. »

Les cosplayeurs seraient des divas narcissiques dont les seules occupations dans la vie se résumeraient à faire des selfies à côté de leur nouvelle machine à coudre ou des « makeup tests » dans leur salle de bain.

Beaucoup de gens pensent qu’au fond de chaque cosplayeur se cache une diva hystérique dont le seul et ultime but dans la vie est de faire suer les membres d’Epic, Bulle Japon ou tout autre comité d’organisation de concours de cosplay. Cette divinité furieuse descendue sur terre serait l’incarnation du mal absolu sur l’échelle personnelle de chaque gentil bénévole amené, bien malgré lui, à surveiller des vestiaires pleins de cosplayeuses durant une demi-journée complète. Attablez-vous à une table de Gentils Staffs après Japan Expo et vous entendrez votre lot d’histoires de minettes costumées en Miku Hatsune plus empressées à faire des selfies qu’à se mettre en ordre pour passer sur scène; de présentateur de concours blasés devant virer manu militari un cosplayeur si content de lui qu’il en oubliait de quitter la scène ou de caprices de famous cosplayers exigeant qu’on apporte leur décors sur des roulettes et incliné à 35° dans le sens du vent une heure avant de passer sur scène pour pouvoir répéter en même temps que le concert de J-rock-alternatif-experimental. Le cosplayeur c’est la version pop-culture des sept plaies d’Egypte avec un ego gros comme une boeing 747.

Exemple criant de vérité : les seflies de cosplayeuses lors des conventions…

 

Et quand le cosplayeur n’est pas en convention il est très occupé à planifier des séances photos, à prendre des selfie de lui avec sa nouvelle machine à coudre ou sa nouvelle perruque, à admirer le résultat de son maquillage d’alien dans le miroir de sa salle de bain ou à chercher des photos de lui sur internet. Autant d’activités aussi saines qu’égocentrées.

Le célèbre test make up ! Mine de rien c'est hyper chronophage mais vraiment utile pour apprendre son maquillage en douceur pour le jour J !
Le célèbre test make up ! Mine de rien c’est hyper chronophage mais vraiment utile pour apprendre son maquillage en douceur pour le jour J !

Pourtant notre ami cosplayeur a aussi quelques qualités : débrouillardise, bricolage, sens de la fête et du spectacle, de l’imagination à revendre font de lui le MacGyver des penderies ! Fabriquer un costume de Super Pancake pour son neveu avec un pack de bière et du papier alu ne lui fait pas peur et même que le gamin risquerait bien de remporter le premier prix costume à la kermesse de l’école. Le jour de son mariage comptez sur lui pour avoir pensé à un photocall rigolo assorti à la thématique Star Wars de son mariage, qu’il animera lui-même une bonne partie de l’après-midi mettant à l’aise ses beaux-parents et leurs amis ! Enfin, il sera un compagnon livré tout équipé pour les petits travaux d’entretiens du quotidien : pistolet à colle, tournevis, décapeur thermique n’ont aucun secret pour lui.

Le cosplay c’est cette activité stressante qui nous force à nous dépasser pour finir chaque costume, à surmonter nos peurs pour passer sur scène ou à apprendre sans cesse de nouvelles techniques pour enfin ressentir la fierté unique de porter son costume tel qu’on l’avait imaginé. Le cosplay renforce l’ego des cosplayeurs parce que sur chaque portrait d’eux qu’ils publient sur internet, derrière le sourire éclatant et la pose héroïque, on peut voir les cernes de celui qui n’a pas dormit depuis trois nuits pour achever son armure dans les temps, de celle qui a recommencé quatre fois un serre-taille 19ème ou du groupe qui répétait sa chorégraphie jusqu’à une heure du matin dans les couloirs de l’hôtel pour être au top sur scène. Ce n’est pas l’aboutissement qui est important en cosplay mais le chemin parcouru, les épreuves surmontées et c’est, je crois, ce qui nous donne confiance en nous. En conclusion je pense pouvoir dire en toute sincérité que le cosplayeur est un animal narcissique à la fois parce qu’il s’aime bien et parce que ce narcissisme renforcé à la sueur de son front lui permet d’avoir confiance en lui et en ses capacités et c’est un avantage dans la vie. Qu’en pensez-vous ?

Je finirais sur une petite note narcissique gratuite avec ce très joli cliché de mon costume de Nick Fury dont la veste a été un cauchemar à coudre, l’eye-patch sur l’oeil gratte horriblement, les talons me font mal aux pieds, le faux chignons pèse un âne mort et j’ajouterais que cette photo a été prise dans un parking pleins d’araignées, que je portait un leggings trop petit, qu’on voyait la raie de mes fesses et que j’ai cru attraper la mort, doooonc j’ai gagné le droit de m’aimer un peu sur cette photo <3

furyPhotographe : https://www.facebook.com/ShasinKaihiPhotography

 

Faut-il être beau pour faire du cosplay ?

Sur internet il existe des tutos pour tout : se maquiller, s’habiller, choisir ces costumes en fonction de sa morphologie, avoir l’air plus mince, plus grande, plus belle, plus musclé, plus beau… A la vue de ces articles et ces vidéos je m’interroge sur le discours de celles et ceux qui prodiguent conseils et astuces pour paraître « plus ceci » ou « moins cela » et je me demande si ce que l’on nous dit ce n’est pas tout simplement qu’à défaut d’être beau ou belle, faire du cosplay c’est se rendre beau ou belle.

Faire du cosplay c’est donner vie à un personnage qui l’on aime, se transformer, se métamorphoser le temps d’un week-end ou de quelques heures. Mais cela veut-il dire qu’il faut chercher à être une « meilleure version » de soi ?

« Elle est trop bien », le film de 1999 qui a marqué tout mon enfance parce que la fille doit s’épiler les sourcils pour être plus jolie et donc mieux intégrée. Est-ce que les cosplayeurs en seraient arrivés au même point ?

Les cosplayeurs connus donnent des conseils beauté aux nouveaux cosplayeurs.

J’aime penser que le cosplay c’est une façon de s’exprimer mais aussi de rendre un hommage à une culture que nous aimons, que nous revendiquons de plus en plus ces dernières années et qui a été parfois la cause d’une mise à l’écart de la part des « autres ». Aujourd’hui encore les gens ne comprennent pas bien pourquoi nous décidons de nous « déguiser en dessins animés » et beaucoup de cosplayeurs n’assument pas auprès de leur famille / collègues / amis leur choix de passer leurs week-end en tenue de Naruto, One Piece ou autre Captain America.
Pour se justifier, parfois, ils vont montrer des photos des cosplayeurs et surtout des cosplayeuses connues sur internet, celles et ceux qui ont des costumes très impressionnants, des photos de qualité professionnelles et, il faut bien l’avouer, qui sont très très trèèès photogéniques. La célébrité appelle l’admiration et l’admiration appelle le désir de ressembler, de s’approcher du niveau de celui ou celle qui nous inspire et nous donne envie de nous dépasser. Au milieu des conseils généralistes que ces cosplayeurs plus connus et donc plus estimés que la moyenne prodiguent, il y a le célèbre « se sublimer pour le cosplay ». Il s’agit à chaque fois de trucs et astuces bien pensés pour être « plus joli(e)s » : bien faire son teint pour être plus à son avantage sur une photo, mettre des collants opaques pour camoufler de la cellulite ou des vergetures, tester des poses devant son miroir pour créer des volumes harmonieux sur une photo… Des conseils assez simples à suivre et connus de toutes celles qui ont cosplayé plus de quelques années mais qui aident toujours bien les nouveaux venus. Ainsi les filles apprennent à camoufler leurs défauts et les garçons que le fond de teint pour les mecs ce n’est ni irréaliste, ni honteux. Au final des conseils pleins de bon sens tels qu’on en trouve dans les magasines féminins. Des magasines que je ne lis plus depuis de nombreuses années et qui me font pousser des soupirs de désespoir quand je me retrouve face à l’une de leurs pages de conseils beauté, astuces minceur ou dix idées pour être mieux dans ses baskets. Des magasines qui nous apprennent, que nous le voulions ou non, à rentrer dans un moule qui ne nous correspond pas toujours.

Vers une uniformisation du « physique cosplay » ?

Je me pose cette question : doit-il y avoir un seul et unique type de cosplayeur ? Un type dit « parfait » à l’instar de celui défini pour la mode dans les magasines de mode ? La cosplayeuse parfaite doit-elle avoir un teint parfait, une jolie peau sans défaut, des jambes longues, une taille de sablier, des cheveux (perruque) soyeux et bien coiffés, des ongles manucurés, des dents blanches, pas de vergeture, de cellulite ni de bourlets disgracieux ? Doit-elle choisir des costumes de personnages qui lui ressemblent (sujet que nous avons traité la semaine dernière -_- ) pour que le cosplay soit harmonieux ?
Quid de celles et ceux qui n’ont pas trouvé de personnage « qui leur ressemble » ? Qui ne souhaitent pas porter un corset parce qu’ils ne se sentent pas honteux de leur corps et des formes de celui-ci ? Qui n’osent pas cosplayer de peur de ne pas ressembler ? Ceux-là doivent ils se plier aux diktats de la mode ? Silhouette fine et harmonieuse et teint frais parfaitement maitrisé ?
Il est très étonnant dans un milieu longtemps peuplé de marginaux, de nerds, de gamers, d’aficionados des cultures de l’imaginaire, de voir que les code de beauté de notre société actuelle ont non seulement fait leur entrée dans un monde qui leur était hermétique mais de constater qu’ils font aujourd’hui office de référence. Le cosplay c’est ce hobby qui permet aux geeks d’être qui ils veulent, d’incarner leurs héros sans avoir à ce soucier du regard du grand publique ni du jugement des bonnes gens, être différent sans en avoir honte ou devoir se cacher. Pourtant aujourd’hui une autre forme d’oppression fait son entrée dans les conventions et sur internet, ces nerds en costumes doivent se conformer à des canons de beauté sous prétexte de se sublimer, de rendre leur cosplay plus présentable aux yeux des autres et de paraître parfait. Le cosplay n’est donc plus une affaire de fan mais de physique pré-défini puisqu’auquel s’applique des codes donnés dans les vidéos de conseils et les tutos-beauté.

Du coup on nous ment, on nous spolie ?

Il serait facile de jeter la pierre à toutes celles et ceux qui nous ont un jour conseillé de mettre un collant et du coup je risquerait moi-même de me prendre une montagne dans la pomme. Mais je pense qu’il est plus intelligent de se poser soit-même la question : « pourquoi je cosplay ? ». Ca n’a l’air de rien mais après une petite introspection il est plus facile de décrypter les tutos que l’ont regarde surtout de bien les choisir. Car si chacun de nous cosplay pour des raisons personnelles alors chacun d’entre nous peut trouver des articles, conseils, trucs et astuces qui lui correspondent. Il semble souvent plus facile de rentrer dans le moule pour se faire sa place au sein d’une communauté mais les gens ne pourront vous apprécier que si vous êtes vous même et cela commence par être franc avec vous-même et dans votre façon de faire du cosplay. Nous avons tous le droit d’être qui nous choisissons d’être et ce avec ou sans costumes; nous avons le droit de choisir de mettre du fond de teint ou une gaine et nous avons le droit de décider que nous nous sentons mieux sans. Il s’agit d’un choix personnel et non d’une règle obligatoire : vous seul pouvez décider si vous êtes à l’aise dans un costume et de quelle façon. Vous seul décidez si vous voulez être plus grande, plus fine, plus pulpeuse pour un costume ou si au contraire cela vous importe peu. Vous n’avez pas besoin de vous sublimer, si vous êtes bien dans votre peau vous êtes déjà sublime. Cela peu paraître un peu bêta de dire ça mais c’est vrai, cela ne sert à rien de tout changer de vous le temps d’une après-midi si vous ne vous sentez pas à l’aise trop maquillée, trop engoncée dans une tenue qui ne vous convient pas et dans laquelle vous avez l’impression de ne pas vous assumer. Il n’y a pas de règle dans le cosplay : vous le faites pour vous et pour vous amuser, que ceux à qui ça ne plait pas regardent ailleurs. N’oubliez jamais avant de cosplayer que vous êtes seuls maîtres de votre corps et de votre apparence, que vous savez ce que vous aimez chez vous et ce que vous n’aimez pas et que c’est à VOUS de décider ce que vous voulez changer le temps d’un cosplay, pas aux autres.