Les cosplayeuses sexy doivent-elles se rhabiller ?

Le cosplay est souvent associé aux poitrines généreuses et aux costumes minimalistes des héroïnes de manga et de comics que beaucoup de cosplayeuses affectionnent. Celles qui osent donner vie aux personnages les plus sexy sont adorées par leurs fans mais aussi très largement montrées du doigt comme une atteinte à la bonne image du cosplay. Devons-nous condamner celles et ceux qui jouent de leur physique et font-ils réellement du tort au cosplay en général ?

De l’art de porter un cosplay sexy en convention

Les photos de cosplayeuses sexy sont très recherchées sur internet et nombre de sites explosent leurs taux de vues avec des articles du type « les 10 costumes les plus sexy de telle convention » ou bien « telle cosplayeuse sexy sort son nouveau costume controversé ». Si les amateurs de ce genre de cosplay sont très nombreux et soutiennent avec ferveur la tradition des galeries sexy, leurs détracteurs ne sont jamais loin et ils ont un avis bien tranché.
Pour ces derniers le cosplay sexy c’est un problème qui va grandissant : les cosplayeuses très sexy et conformes aux canons de beauté des magazines, généralement peu habillées et qui vendent des photos d’elles dans leurs costumes minimalistes donnent non seulement une image biaisée et réductrice du cosplay, mais encouragent en plus les jeunes cosplayeuses à marcher dans leur pas et à valoriser leur plastique plutôt que les efforts pour réaliser un costume. Le débat sur l’autorisation des costumes très dénudés fait rage après chaque convention partout dans le monde : doit-on permettre aux cosplayeurs de porter ce qu’ils souhaitent même dans un lieu public ou y a t’il une limite à ne pas dépasser ?

 

Cosplay Nudist Beach de Kill la Kill a Japan Expo 2014
Cosplay Nudist Beach de Kill la Kill a Japan Expo 2014

Japan Expo, centre des expositions de Villepinte en juillet dernier. Un jeune homme crée l’événement en se baladant durant toute la convention dans une tenue composée d’une ceinture, d’une paire de bottes et d’un string. Il arbore une plastique très engageante et se prête au jeu des photos avec plaisir. Les filles couinent sur son passage et il est évident que ces réactions le ravissent. De mémoire de cosplayeuse c’est la première fois que l’on voit une paire de fesses masculine se pavaner dans une convention française. Les visiteurs, cosplayeurs et photographes sont estomaqués et les réactions sont aussi vives que diverses : l’amusement se dispute à l’incompréhension, l’étonnement au mécontentement et si le succès de son cosplay est bien réel, sa démarche, quant à elle, ne fait pas l’unanimité.
Aux Etats Unis un mois plus tard la cosplayeuse mondialement connue Jessica Nigri sort son nouveau costume d’Assassin’s Creed Unity, une tenue historico-sexy avec décolleté plongeant, pantalon moulant et ventre à l’air. La tenue, réalisée par une de ses amies couturière est de bonne qualité et le personnage, le héros d’une trentaine d’année du nouveau jeu d’Ubisoft, est plus ou moins reconnaissable dans cette version féminisée. Les fans de Nigri sont ravis, certains fans d’Assassin’s Creed aussi alors que d’autres crient au scandale et dénoncent le caractère hyper sexualisé du costume, le peu de mérite de la cosplayeuse qui ne l’a pas réalisé elle-même et son désir d’attention constant au mépris du respect des personnages qu’elle cosplay. Pourtant si Nigri a effectivement détourné le costume d’origine elle n’en a pas moins gardé une quantité de tissus non négligeable et est loin de porter un costume choquant.
Dans les deux cas les différentes réactions me semblent légitimes, les pour comme les contres. Ce qu’il est néanmoins intéressant de remarquer c’est que les réactions offusquées sont largement plus nombreuses dans le cas de Jessica Nigri. Est-ce parce qu’elle a détourné un personnage existant ? Ou sa notoriété de cosplayeuse sexy lui a-t-elle joué un mauvais tour ? Il est difficile de répondre avec précision mais je pense qu’il y a un peu de tout ça dans les réactions négatives vues sur internet..

Kill la Kill a Otakon, photo par nyotaku.com
Kill la Kill a Otakon, photo par nyotaku.com

Revenons un instant sur le cas de notre ami de Japan Expo et sur son costume de Kill la Kill. le même mois aux USA se tenait la convention OTAKON et l’on pouvait y croiser de nombreux costumes de la même série. Parmi ceux-ci un duo très réussi des héroïnes de la série dans leurs tenues de combat, très légères. je me souviens que lorsque les premières cosplayeuses de Kill la Kill ont partagé leurs photos sur internet les commentaires injurieux et hauts en couleurs étaient légions, allant du sobrement « putes » à « si vous vous faites agresser en convention faudra pas venir vous plaindre ». Aujourd’hui chaque convention a son lot de cosplay de Kill la Kill et si les costumes surprennent moins, le concept de la jeune femme a moitié nue en convention reste une incompréhension pour beaucoup.

Du coup, la question se pose de savoir si tous les costumes peuvent être portés en convention et quel pourcentage de peau découverte peut-être acceptée. Une jeune femme en bikini, grosse ceinture et bottes aurait-elle sa place en convention ? Si les jeunes hommes en Nudist Beach ont fait sensation, les réactions négatives ont-elles été à la hauteur de ce que l’on aurait pu observer si le costume avait été porté par une jeune femme ? Je crois que chacun peu définir ce qui lui correspond à condition de respecter le voisin et de ne pas se comporter de façon à l’indisposer.

Car les filles en cosplay sexy à Japan Expo ce n’est pas nouveau et depuis le temps beaucoup s’accordent à dire que l’important ce n’est pas la tenue mais l’attitude. Si une jeune femme dans une tenue sexy se comporte « correctement » il n’y a pas de raison pour la montrer du doigt, par contre gare à celle qui aura une attitude aguicheuse ou vulgaire, car ce n’est pas tant le costume qui choque mais la façon de le porter. Pas question de rejouer une scène de clip des Pussycat Dolls au milieu des familles venues voir Naruto !

Le cosplay sexy est un bon fond de commerce…

Nous avons vu précédemment que les hommes sont largement moins représentés que les femmes dans le cosplay, non parce qu’ils sont réellement moins nombreux (même si, de fait on dénombre moins de cosplayeurs que de cosplayeuses) mais bien parce que les médias et notamment sur internet, s’intéressent moins à ces messieurs qu’aux dames. Pourtant certains arrivent à tirer leur épingle du jeu avec un succès que l’on ne peut nier. Parmi eux, Leon Chiro et Ellfi sont certainement deux des cosplayeurs européens les plus connus. Leurs points communs ? Un réel soucis du détail et une musculature affriolante. Car si ces garçons talentueux ont chacun une collection de costumes de qualité ils sont surtout connu pour leur plastique irréprochable.

Pourtant leur réputation et leur célébrité ne les met pas à l’abris des critiques. Tantôt le visage très maquillé d’Elffi est montré du doigt au détriment du travail impressionnant de fidélité de ses costumes, qu’il réalise lui-même. Tantôt c’est Leon qui est attaqué sur le fait qu’il ne fasse pas la partie couture de ses costumes alors qu’il réalise armes et armures avec une attention toute particulière aux petits détails.
Ces deux cosplayeurs ont fait le même choix que pas mal de cosplayeuses américaines, ils ont accepté que leur plastique puisse être un atout pour partager leur art et faire connaître leur travail et ont décidé de ne pas se priver d’en jouer.

Pourtant cela fait-il d’eux moins des cosplayeurs et plus des modèles photos ? Non, la question ne se pose même pas alors que de nombreuses cosplayeuses, elles, sont confrontées à ce genre de remarques : si elles décident de se mettre « à nu » (même pas totalement, vous noterez) alors elles ne sont plus des cosplayeuses mais des modèles photo.

Une cosplayeuse fait tomber le haut, est-elle moins légitimement cosplayeuse ?

Le débat vrai/faux cosplayeurs que nous avons déjà traité ici, continue de faire rage et pas plus tard que dimanche j’entendais un cosplayeur dire de telle cosplayeuse sexy qu’elle n’était pas une vraie cosplayeuse à ses yeux mais guère mieux qu’une femme de petite vertue vendant des photos presque porno d’elle sur internet et qu’elle ne méritait pas le respect car elle ne faisait pas ses costumes. Mettons tout de suite un visage et un nom sur cette cosplayeuse sexy :

Jessica Nigri, est devenue un vrai symbole de la lutte contre les cosplayeurs sexy qui ne font pas leurs costumes eux-mêmes et qui sont justes bons à montrer leurs fesses. Sauf que, une fois de plus, les bonnes gens emportés par leur élan ont oublié de se renseigner. La demoiselle n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres et nombre de cosplayeuses aux tenues très sexualisées se voient très souvent et sans autre forme de procès retirer la réalisation de leur costumes et armures par les internautes sûrs de leur fait. Car il est connu qu’un seul costume ne suffit pas à déterminer la carrière d’une cosplayeuse ou, pire encore, à la définir. Nous avons vu que les garçons présentés plus haut, malgré les efforts apportés à la réalisation de leurs tenues sont trop souvent et injustement relégués au rôle de porte-manteaux bodybuildés. Pour les femmes c’est la même chose et il est courant que les gens n’acceptent pas l’idée qu’une cosplayeuse à la plastique de poupée Barbie puisse faire ses costumes, armures et props elle-même.

Les gens musclés seraient donc moins doués que les autres ? La taille de la poitrine ou l’apparition de tablettes de chocolat seraient-ils des éléments déterminant dans l’évolution créative d’un cosplayeur et peut-on dire que ses capacités à créer un costume diminuent en même temps que son ventre devient plat et ses muscles se dessinent ? Non.

Pourtant un cosplayeur sexy a forcément toujours moins de légitimité qu’un cosplayeur habillé. Testons cette théorie :

Marge Simpson par Popette Cosplay, photographie d'Antony Gomes
Marge Simpson par Popette Cosplay, photographie d’Antony Gomes

Voilà une cosplayeuse qui n’a pas froid aux yeux ! Elle écrit régulièrement sur son blog des articles à propos de sexisme, de cosplay, de féminisme, de harcèlement… Aujourd’hui elle pose nue pour vous pour plusieurs raisons. Avez-vous toujours envie de lire la suite de cet article et quelle confiance accordez-vous à ses propos maintenant que vous avez vu un peu de sa peau ?

Nous avons déjà parlé ici de la légitimité des cosplayeuses sexy. Une femme peut porter une tenue dite sexy et pourtant avoir toute légitimité à parler de féminisme, refuser d’être approchée de façon injurieuse, de se voir insulter sur internet ou même de se faire tripoter en convention.

Il y a un autre sujet que nous avons abordé et qui vous a passionné c’est le sujet du physique dans le cosplay. Nous avons vu que les cosplayeurs jugés trop gros, trop maigre, trop moches, trop petits, trop grands… étaient souvent critiqués voir harcelés sur internet. La question se posait alors de savoir si nous devions tous êtres beaux et bien faits pour avoir le droit de cosplayer en paix ? La réponse à cette question malheureusement est le sujet même de cet article et je suis dans l’obligation de vous répondre que non, même si vous correspondez à certains critères de beauté vous n’aurez pas la paix sur internet. Chaque cosplayeur a le droit de décider du costume qu’il porte et du personnage qu’il veut incarner. Personne n’a le droit d’interdire un personnage à un cosplayeur sous prétexte de ressemblance physique qu’elle soit la taille, la corpulence, la couleur de peau. Et chacun se doit de respecter le choix de son voisin. Même si le voisin décide de dévoiler son ventre plat et ses biceps bien formés.

Car oui les cosplayeurs sexy ont le droit au même respect que les cosplayeurs habillés.

Si vous faites vous-même un peu de cosplay vous savez que réaliser une très belle robe très habillée peut-être d’une difficulté supérieure, égale ou inférieure à la réalisation d’une armure de la taille d’un bikini. La quantité de corps caché par le costume n’est pas un critère pour juger de la difficulté de la réalisation d’un cosplay, ni de sa ressemblance, ni du travail réalisé !

 

Amis cosplayeurs, internautes et photographes, je crois fermement qu’il est temps d’arrêter de juger de la réussite d’un cosplay sur la plastique de celui ou celle qui le porte. Je crois qu’il est possible pour chacun d’être maître de son corps et de cosplayer ce qu’il aime sans démériter et sans se voir privé du respect des autres parce qu’il ou elle aura décidé de se montrer dans une tenue jugée « sexy ».  Etre sexy c’est un droit que nous avons tous, hommes ou femmes, c’est le droit de vouloir se plaire avant de plaire aux autres. C’est le droit d’accepter son corps et de l’apprécier, qu’il soit parfait ou non. C’est le droit de vouloir séduire, de vouloir plaire, de vouloir se sentir belle ou beau, de vouloir être à son avantage et cela ne sera jamais une raison pour se faire insulter ou rabaisser.

Marge Simpson vue par SuperPopette et photographiée par Antony Gomes.
Marge Simpson vue par SuperPopette et photographiée par Antony Gomes.

J’ai souhaité faire cette séance photo de Marge à la base pour parler du cancer sur sein et pour sensibiliser nos amis fans de cosplay, en apportant une touche ludique et artistique à mon article. Très rapidement j’ai souhaité que cette photo soit la représentation que toutes les femmes peuvent être touchées par cette maladie, qu’elles soient jeunes ou vieilles, ou maigre ou grosses ou normales, qu’elles soient blanche ou noires ou bleues ou jaunes, qu’elle s’épilent ou pas, qu’elles soient à l’aise avec leur corps ou pas. Comme nous avons prit du retard dans la création de ces photos j’ai pensé qu’elles seraient une bonne illustration pour un article sur le cosplay sexy : nous avons toutes et tous le droit d’être sexy et ce quel que soit notre physique. N’oubliez jamais de vous amuser quand vous faites du cosplay et essayez de vous plaire tout en vous amusant 🙂

Merci à Antony Gomes pour ces photos magnifiques et à Juliette Delassalle pour ce maquillage bluffant !
Antony Gomes Photographie : https://www.facebook.com/AntonyGomesPhotographe
Juliette D.MUA : https://www.facebook.com/JulietteDmua

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Narcissisme et Cosplay

Le narcissisme est le fondement de la confiance en soi. Lorsqu’il est défaillant, le terme peut désigner l’importance excessive accordée à l’image de soi. Le dictionnaire commun le définit comme « contemplation de soi ou attention exclusive portée à soi. »

Les cosplayeurs seraient des divas narcissiques dont les seules occupations dans la vie se résumeraient à faire des selfies à côté de leur nouvelle machine à coudre ou des « makeup tests » dans leur salle de bain.

Beaucoup de gens pensent qu’au fond de chaque cosplayeur se cache une diva hystérique dont le seul et ultime but dans la vie est de faire suer les membres d’Epic, Bulle Japon ou tout autre comité d’organisation de concours de cosplay. Cette divinité furieuse descendue sur terre serait l’incarnation du mal absolu sur l’échelle personnelle de chaque gentil bénévole amené, bien malgré lui, à surveiller des vestiaires pleins de cosplayeuses durant une demi-journée complète. Attablez-vous à une table de Gentils Staffs après Japan Expo et vous entendrez votre lot d’histoires de minettes costumées en Miku Hatsune plus empressées à faire des selfies qu’à se mettre en ordre pour passer sur scène; de présentateur de concours blasés devant virer manu militari un cosplayeur si content de lui qu’il en oubliait de quitter la scène ou de caprices de famous cosplayers exigeant qu’on apporte leur décors sur des roulettes et incliné à 35° dans le sens du vent une heure avant de passer sur scène pour pouvoir répéter en même temps que le concert de J-rock-alternatif-experimental. Le cosplayeur c’est la version pop-culture des sept plaies d’Egypte avec un ego gros comme une boeing 747.

Exemple criant de vérité : les seflies de cosplayeuses lors des conventions…

 

Et quand le cosplayeur n’est pas en convention il est très occupé à planifier des séances photos, à prendre des selfie de lui avec sa nouvelle machine à coudre ou sa nouvelle perruque, à admirer le résultat de son maquillage d’alien dans le miroir de sa salle de bain ou à chercher des photos de lui sur internet. Autant d’activités aussi saines qu’égocentrées.

Le célèbre test make up ! Mine de rien c'est hyper chronophage mais vraiment utile pour apprendre son maquillage en douceur pour le jour J !
Le célèbre test make up ! Mine de rien c’est hyper chronophage mais vraiment utile pour apprendre son maquillage en douceur pour le jour J !

Pourtant notre ami cosplayeur a aussi quelques qualités : débrouillardise, bricolage, sens de la fête et du spectacle, de l’imagination à revendre font de lui le MacGyver des penderies ! Fabriquer un costume de Super Pancake pour son neveu avec un pack de bière et du papier alu ne lui fait pas peur et même que le gamin risquerait bien de remporter le premier prix costume à la kermesse de l’école. Le jour de son mariage comptez sur lui pour avoir pensé à un photocall rigolo assorti à la thématique Star Wars de son mariage, qu’il animera lui-même une bonne partie de l’après-midi mettant à l’aise ses beaux-parents et leurs amis ! Enfin, il sera un compagnon livré tout équipé pour les petits travaux d’entretiens du quotidien : pistolet à colle, tournevis, décapeur thermique n’ont aucun secret pour lui.

Le cosplay c’est cette activité stressante qui nous force à nous dépasser pour finir chaque costume, à surmonter nos peurs pour passer sur scène ou à apprendre sans cesse de nouvelles techniques pour enfin ressentir la fierté unique de porter son costume tel qu’on l’avait imaginé. Le cosplay renforce l’ego des cosplayeurs parce que sur chaque portrait d’eux qu’ils publient sur internet, derrière le sourire éclatant et la pose héroïque, on peut voir les cernes de celui qui n’a pas dormit depuis trois nuits pour achever son armure dans les temps, de celle qui a recommencé quatre fois un serre-taille 19ème ou du groupe qui répétait sa chorégraphie jusqu’à une heure du matin dans les couloirs de l’hôtel pour être au top sur scène. Ce n’est pas l’aboutissement qui est important en cosplay mais le chemin parcouru, les épreuves surmontées et c’est, je crois, ce qui nous donne confiance en nous. En conclusion je pense pouvoir dire en toute sincérité que le cosplayeur est un animal narcissique à la fois parce qu’il s’aime bien et parce que ce narcissisme renforcé à la sueur de son front lui permet d’avoir confiance en lui et en ses capacités et c’est un avantage dans la vie. Qu’en pensez-vous ?

Je finirais sur une petite note narcissique gratuite avec ce très joli cliché de mon costume de Nick Fury dont la veste a été un cauchemar à coudre, l’eye-patch sur l’oeil gratte horriblement, les talons me font mal aux pieds, le faux chignons pèse un âne mort et j’ajouterais que cette photo a été prise dans un parking pleins d’araignées, que je portait un leggings trop petit, qu’on voyait la raie de mes fesses et que j’ai cru attraper la mort, doooonc j’ai gagné le droit de m’aimer un peu sur cette photo <3

furyPhotographe : https://www.facebook.com/ShasinKaihiPhotography

 

Faut-il être beau pour faire du cosplay ?

Sur internet il existe des tutos pour tout : se maquiller, s’habiller, choisir ces costumes en fonction de sa morphologie, avoir l’air plus mince, plus grande, plus belle, plus musclé, plus beau… A la vue de ces articles et ces vidéos je m’interroge sur le discours de celles et ceux qui prodiguent conseils et astuces pour paraître « plus ceci » ou « moins cela » et je me demande si ce que l’on nous dit ce n’est pas tout simplement qu’à défaut d’être beau ou belle, faire du cosplay c’est se rendre beau ou belle.

Faire du cosplay c’est donner vie à un personnage qui l’on aime, se transformer, se métamorphoser le temps d’un week-end ou de quelques heures. Mais cela veut-il dire qu’il faut chercher à être une « meilleure version » de soi ?

« Elle est trop bien », le film de 1999 qui a marqué tout mon enfance parce que la fille doit s’épiler les sourcils pour être plus jolie et donc mieux intégrée. Est-ce que les cosplayeurs en seraient arrivés au même point ?

Les cosplayeurs connus donnent des conseils beauté aux nouveaux cosplayeurs.

J’aime penser que le cosplay c’est une façon de s’exprimer mais aussi de rendre un hommage à une culture que nous aimons, que nous revendiquons de plus en plus ces dernières années et qui a été parfois la cause d’une mise à l’écart de la part des « autres ». Aujourd’hui encore les gens ne comprennent pas bien pourquoi nous décidons de nous « déguiser en dessins animés » et beaucoup de cosplayeurs n’assument pas auprès de leur famille / collègues / amis leur choix de passer leurs week-end en tenue de Naruto, One Piece ou autre Captain America.
Pour se justifier, parfois, ils vont montrer des photos des cosplayeurs et surtout des cosplayeuses connues sur internet, celles et ceux qui ont des costumes très impressionnants, des photos de qualité professionnelles et, il faut bien l’avouer, qui sont très très trèèès photogéniques. La célébrité appelle l’admiration et l’admiration appelle le désir de ressembler, de s’approcher du niveau de celui ou celle qui nous inspire et nous donne envie de nous dépasser. Au milieu des conseils généralistes que ces cosplayeurs plus connus et donc plus estimés que la moyenne prodiguent, il y a le célèbre « se sublimer pour le cosplay ». Il s’agit à chaque fois de trucs et astuces bien pensés pour être « plus joli(e)s » : bien faire son teint pour être plus à son avantage sur une photo, mettre des collants opaques pour camoufler de la cellulite ou des vergetures, tester des poses devant son miroir pour créer des volumes harmonieux sur une photo… Des conseils assez simples à suivre et connus de toutes celles qui ont cosplayé plus de quelques années mais qui aident toujours bien les nouveaux venus. Ainsi les filles apprennent à camoufler leurs défauts et les garçons que le fond de teint pour les mecs ce n’est ni irréaliste, ni honteux. Au final des conseils pleins de bon sens tels qu’on en trouve dans les magasines féminins. Des magasines que je ne lis plus depuis de nombreuses années et qui me font pousser des soupirs de désespoir quand je me retrouve face à l’une de leurs pages de conseils beauté, astuces minceur ou dix idées pour être mieux dans ses baskets. Des magasines qui nous apprennent, que nous le voulions ou non, à rentrer dans un moule qui ne nous correspond pas toujours.

Vers une uniformisation du « physique cosplay » ?

Je me pose cette question : doit-il y avoir un seul et unique type de cosplayeur ? Un type dit « parfait » à l’instar de celui défini pour la mode dans les magasines de mode ? La cosplayeuse parfaite doit-elle avoir un teint parfait, une jolie peau sans défaut, des jambes longues, une taille de sablier, des cheveux (perruque) soyeux et bien coiffés, des ongles manucurés, des dents blanches, pas de vergeture, de cellulite ni de bourlets disgracieux ? Doit-elle choisir des costumes de personnages qui lui ressemblent (sujet que nous avons traité la semaine dernière -_- ) pour que le cosplay soit harmonieux ?
Quid de celles et ceux qui n’ont pas trouvé de personnage « qui leur ressemble » ? Qui ne souhaitent pas porter un corset parce qu’ils ne se sentent pas honteux de leur corps et des formes de celui-ci ? Qui n’osent pas cosplayer de peur de ne pas ressembler ? Ceux-là doivent ils se plier aux diktats de la mode ? Silhouette fine et harmonieuse et teint frais parfaitement maitrisé ?
Il est très étonnant dans un milieu longtemps peuplé de marginaux, de nerds, de gamers, d’aficionados des cultures de l’imaginaire, de voir que les code de beauté de notre société actuelle ont non seulement fait leur entrée dans un monde qui leur était hermétique mais de constater qu’ils font aujourd’hui office de référence. Le cosplay c’est ce hobby qui permet aux geeks d’être qui ils veulent, d’incarner leurs héros sans avoir à ce soucier du regard du grand publique ni du jugement des bonnes gens, être différent sans en avoir honte ou devoir se cacher. Pourtant aujourd’hui une autre forme d’oppression fait son entrée dans les conventions et sur internet, ces nerds en costumes doivent se conformer à des canons de beauté sous prétexte de se sublimer, de rendre leur cosplay plus présentable aux yeux des autres et de paraître parfait. Le cosplay n’est donc plus une affaire de fan mais de physique pré-défini puisqu’auquel s’applique des codes donnés dans les vidéos de conseils et les tutos-beauté.

Du coup on nous ment, on nous spolie ?

Il serait facile de jeter la pierre à toutes celles et ceux qui nous ont un jour conseillé de mettre un collant et du coup je risquerait moi-même de me prendre une montagne dans la pomme. Mais je pense qu’il est plus intelligent de se poser soit-même la question : « pourquoi je cosplay ? ». Ca n’a l’air de rien mais après une petite introspection il est plus facile de décrypter les tutos que l’ont regarde surtout de bien les choisir. Car si chacun de nous cosplay pour des raisons personnelles alors chacun d’entre nous peut trouver des articles, conseils, trucs et astuces qui lui correspondent. Il semble souvent plus facile de rentrer dans le moule pour se faire sa place au sein d’une communauté mais les gens ne pourront vous apprécier que si vous êtes vous même et cela commence par être franc avec vous-même et dans votre façon de faire du cosplay. Nous avons tous le droit d’être qui nous choisissons d’être et ce avec ou sans costumes; nous avons le droit de choisir de mettre du fond de teint ou une gaine et nous avons le droit de décider que nous nous sentons mieux sans. Il s’agit d’un choix personnel et non d’une règle obligatoire : vous seul pouvez décider si vous êtes à l’aise dans un costume et de quelle façon. Vous seul décidez si vous voulez être plus grande, plus fine, plus pulpeuse pour un costume ou si au contraire cela vous importe peu. Vous n’avez pas besoin de vous sublimer, si vous êtes bien dans votre peau vous êtes déjà sublime. Cela peu paraître un peu bêta de dire ça mais c’est vrai, cela ne sert à rien de tout changer de vous le temps d’une après-midi si vous ne vous sentez pas à l’aise trop maquillée, trop engoncée dans une tenue qui ne vous convient pas et dans laquelle vous avez l’impression de ne pas vous assumer. Il n’y a pas de règle dans le cosplay : vous le faites pour vous et pour vous amuser, que ceux à qui ça ne plait pas regardent ailleurs. N’oubliez jamais avant de cosplayer que vous êtes seuls maîtres de votre corps et de votre apparence, que vous savez ce que vous aimez chez vous et ce que vous n’aimez pas et que c’est à VOUS de décider ce que vous voulez changer le temps d’un cosplay, pas aux autres.

Le cosplay et la lingerie, oh oui, oh oui !

Il y a quelques temps je me promenait sur internet et je suis tombée sur l’excellent article de Cora Harrington sur les pièces de lingerie les plus adaptées à porter sous un costume. Plutôt que de vous faire une bête traduction de cet article hyper complet je préfères parler d’un sujet qui me plait tout particulièrement : la lingerie ! Certains d’entre vous le savent, le soutient-gorge et le string, le corset et les bas sont autant d’accessoires de mon quotidien (d’effeuilleuse burlesque) et j’avoue être largement décomplexée lorsqu’il s’agit d’aborder le sujet.

Fanservice

Cosplay et morphologie : Les cosplayeurs doivent-ils choisir leurs costumes en fonction de leur morphologie ?

Cosplay et morphologie. C’est un débat qui divise internet depuis la nuit des temps* et déchaine les passions ( et les haters** ) : un cosplayeur doit-il incarner uniquement des personnages de la même morphologie et/ou couleur de peau que lui ? Internet a comme toujours un avis tranché sur la question et le débat passionne et énerve les partisans des deux bords.

Chaka dans son costume de Sailor Venus
Chaka dans son costume de Sailor Venus très réussi !

Au départ il y avait la haine et les critiques. C’est une genèse malheureuse mais ô combien classique pour ce genre de débat. Des cosplayeurs enthousiastes postent sur internet des photos d’eux en costumes et sont très rapidement critiqués, insultés, voir harcelés. La raison de ces critiques tient en deux mots : cosplay et morphologie. Ils sont soit trop gros, soit noirs, soit blancs, soit trop maigres mais dans tous les cas ils portent un cosplay d’un personnage qui ne leur ressemble physiquement pas.
L’histoire de Chaka Cumberbatch a fait le tour d’internet et illustre parfaitement cette tendance : elle a choisi de cosplayer le personnage de Sailor Venus de la série Sailor Moon. Il s’agit d’un personnage de manga, de nationalité japonaise et blonde aux yeux bleux, dessinée dans le plus pure style caucasien-fantastique des années 90 avec des yeux immenses et des jambes longues comme trois fois son torse. Rien de naturel ou d’humainement possible, donc.
Quand Chaka a publié cette photo d’elle sur internet le retours de flamme ne s’est pas fait attendre et les internautes ont massivement critiqué son choix d’incarner un personnage à la peau blanche alors qu’elle-même à la peau noire. S’agit-il de racisme pure et dure ou de la recherche de la perfection par des fans puristes au mépris du respect de l’autre ?
Dans les deux cas il est, je crois, utile de rappeler que le cosplay est une activité ouverte à tous et à toutes et que chacun est libre de ce costumer en qui il ou elle souhaite se costumer. Il s’agit de liberté, n’est-ce pas ? Il est facile de me répondre que les internautes ont eux aussi la liberté de critiquer, d’attaquer, d’insulter un cosplayeur parce que sa morphologie ou sa couleur de peau ne leur plait pas. Je vous copie/colle la définition wikipédia du racisme et vous invite à méditer sur le concept de races, puis de catégorie de personne, puis à vous demander si vous placez les gros dans une catégories, les maigres dans une deuxième catégorie et les « bombes » dans une troisième.

Le racisme est une idéologie qui, partant du postulat de l’existence de races humaines,considère que certaines races sont intrinsèquement supérieures à d’autres. Cette idéologie peut entraîner une attitude d’hostilité ou de sympathie systématique à l’égard d’une catégorie déterminée de personnes.

Du côté des cosplayeurs, pourtant, la question se pose aussi : dois-je cosplayer un personnage qui me ressemble ? Je voudrais faire un cosplay de [ insérer ici un nom de super héros ] mais je suis gros(se)/maigre, est-ce que je peux quand même le faire ? Je connais déjà MA réponse à cette question, mais je crois que c’est à VOUS de trouver LA VOTRE. La question du cosplay et morphologie c’est aussi une question personnelle. Pour ce faire, je vous propose de peser le pour et le contre de ces différentes situations.

Les faux cosplayeurs, les vrais et ceux entre les deux…

« Pffff c’est pas du cosplay, ça « . Combien de fois ai-je entendu et même, honte à moi, prononcé cette phrase. Combien de cosplayeurs et cosplayeuses ont été les victimes de ce jugement dur, hâtif et, disons-le tout de suite, d’une injustice crasse ?

Avec la démocratisation rapide du cosplay de nouveaux comportements apparaissent, souvent mal compris par les fans en place. Ces comportements choquent, dérangent et amènent invariablement l’hostilité de celles et ceux qui ont connus un hobby plus confidentiel dans lequel chacun respectait les » traditions en place ».

Cette pratique est une forme de harcèlement pratiquée notamment par des cosplayeurs contre des cosplayeurs. Mais aussi par les visiteurs des conventions et les internautes…

Chaque année Japan Expo attire les fans de toute l’Europe lors de ce que les média aiment appeler la « Grand Messe du Manga ». Les rames du RER B s’emplissent d’adolescent(e)s surexcité(e)s* qui ont attendu parfois toute une année la possibilité de se rendre en convention et qui profitent de cette grande fête pour s’offrir une tenue à la hauteur de l’occasion. Ainsi ce sont des centaines de ninjas, samouraïs et idoles japonaises qui papotent, chantent et crient dans les wagons. Une foule colorée et bruyante qui dérange les passagers, exaspère les professionnels qui se rendent aussi sur le salon et horripile les cosplayeurs qui participent aux concours. Ah ! Je vous entends penser d’ici, vous vous dites « non, non, moi je ne leur reproche rien. » Et pourtant vous aussi lecteurs-cosplayeurs vous vous êtes dit en lorgnant sur un gamin en tee-shirt orange beuglant dans le métro « ils nous font honte, ce ne sont même pas des cosplayeurs. »

Pourtant c’est franchement pas très cool et pas très charitable. Même moi je le sais alors que très honnêtement après trois jours de convention je leur ferait bien manger leurs katanas en papier d’alu à ces Narutars** du dimanche ! Le problème c’est qu’à partir du moment où l’on décide qu’il y a de « vrais » et « faux » cosplayeurs, c’est la porte ouverte à toutes les dérives de jugement.

Le cosplay-placard a toujours été le vilain petit canard de la famille cosplay. Il s’agit de créer son costume à partir de vêtements achetés dans le commerce, peu ou pas modifiés et mis ensembles pour ressembler au personnage choisi. Celles et ceux qui luttent des heures durant sur des costumes complexes ont tendance à mépriser voir à critiquer qui a fait le choix de ne pas « faire » son costume. Les visiteurs et le publique ne sont pas en reste et les remarques, loin d’être tendres, peuvent blesser les cosplayeurs. Car rappelons que le principe du cosplay c’est d’incarner un personnage, qu’importe si le costume est fait maison ou pas, en dehors des concours.
Note : en France et majoritairement en Europe les concours ne sont ouverts qu’aux personnes ayant réalisé eux-même 80 à 90% de leur costume. Les costumes achetés ne sont pas autorisés.

De nombreux cosplayeurs arrivent à un résultat bluffant en scrutant les sites de vente en ligne de longues heures durant, à la recherche de la pièce parfaite, de la réplique exacte, afin de ressembler au plus près au personnage sélectionné.

La première version du célèbre cosplay du Joker par Padawan était largement composée d'éléments achetés. Pourtant il a connu un succès fou grâce à son interprétation jamais égalée !
La première version du célèbre cosplay du Joker par Padawan était largement composée d’éléments achetés. Pourtant il a connu un succès fou grâce à son interprétation jamais égalée !

Le costume acheté, c’est la 7ème plaie d’Egypte selon l’Evangile Cosplayesque. De peu de votes devant Heroes of Cosplay***, mais on y reviendra, promis ! Les costumes achetés sont formellement interdits en Europe lors des concours, à la différence des Etats-Unis. En France le sujet déchaine les passions alors que sur le continent US la question ne se pose même pas : Jessica Nigri est adorée de ses fans avec la même passion qu’elle porte une armure faite de ses propres mains ou une tenue achetée sur internet. Dans l’hexagone si vous vous pointez avec une tenue achetée sur internet c’est que vous faite partie de la masse obscur de ceux qui viennent regarder le concours (de cosplay) pas y participer. Les fans, visiteurs et cosplayeurs sont largement partagés entre l’envie de laisser les gens vivre ou l’envie de leur faire remarquer que de toute façon « Avec ton cosplay acheté tu n’es pas un vrai cosplayeur ». Un ressentiment parfois expliqué par la jalousie, l’incompréhension, la tristesse de voir de jolies filles adulées dans des tenues achetées à côté de cosplayeuses aux tenues fantastiques que l’on ne semble même pas remarquer malgré le travail titanesque accomplît. Combien d’entre nous se sont retrouvés dans cette situation et comme il est facile alors de rager intérieurement, de maudire la « fausse cosplayeuse » et de se demander pourquoi on s’acharne à réaliser l’impossible si personne ne le remarque ? Ce ressentiment bien que provoqué par des sentiments très humains n’en reste pas moins une attaque gratuite envers une personne qui cosplay, à la fois différemment et tout comme nous.

Les cosplayeurs qui modifient les costumes des personnages qu’ils incarnent sont les malheureux cousins de ceux qui inventent des versions de leurs personnages préférés.

EDIT : on me souffle dans mon oreillette que les Princesses Disney Cabaret sont issues d’un fanart (dessin de fan) et que du coup puisqu’elles collent à l’image d’origine c’est bien du cosplay, je vous trouve un autre exemple en images et vous le publie ici très vite !
C’est un peu flou comme notion pour celles et ceux qui ne sont pas très familiers du milieu mais je vous explique simplement : par exemple les Princesses Disney version burlesque. Ce sont des cosplay des Princesses Disney mais dont les tenues emblématiques ont été modifiées pour coller au thème « burlesque » que l’on peut aussi qualifier de « cabaret ».

Un groupe de cosplayeuses en Princesses Disney "Burlesque"
Un groupe de cosplayeuses en Princesses Disney « Burlesque »

Les juges de concours cosplay américains estiment tout autant le travail d’intérpretation personnelle apporté à un costume que les soucis de la fidélité. Pour eux ce sont tout simplement deux façons de cosplayer, tout aussi acceptable l’une que l’autre. Pourtant tout le monde n’est pas aussi tolérant : entre les fans furieux de voir leurs personnages préférés dans des tenues qui ne respectent pas au millimètre la tenue originale et les juges (notamment français, je dit ça je dit rien) qui estiment qu’un bon cosplay est un cosplay qui doit être 100% ressemblant au modèle, celles et ceux qui font le choix de laisser le champs libre à leur personnalité et à leur créativité se retrouvent bien mal jugés ! Pourtant ils ne sont pas « moins cosplayeurs » parce qu’ils auront apporté une touche personnelle (plus ou moins grande) à un personnage qu’ils aiment. Après tout c’est ce que font les professionnels estimés lorsqu’un auteur de comics apporte sa vision personnelle à l’écriture d’un personnage, lorsque des scénaristes adaptent des oeuvres de comics, d’animes ou de mangas au cinéma ou lorsque les équipes des studios d’animations transposent des BD en dessins animés…

Il est dommage de constater que nous recréons ces comportements que nous vivons au quotidien de façon plus ou moins forte : incompréhension, irrespect, rejet…

Cosplayeurs, fans, visiteurs, publique, photographes, internautes… Vous n’êtes pas « moins fans », « moins geeks », « moins légitimes » parce que vous avez des visions différentes, personnelles des oeuvres que nous aimons; parce que vous vivez vos passion d’une façon différente de votre voisin; parce que vous préféré les aventures de Batman écrites par Paul Dini plutôt que par [insérer ici un nom d’auteur Batman que vous aimez]… Vous êtes, nous sommes, tous fans et égaux et méritons, vous et moi, le respect de celles et ceux qui croisent notre route. Vous ne croyez pas ?

Cet article m’a été inspiré par l’excellent article parut il y a quelques jours (et tout en anglais, une fois encore) sur New Statesman : « « You’re not a real cosplayer”: since when did dressing up for comics conventions lead to bullying? et qui se traduit par « Tu n’es pas un vrai cosplayeur », depuis quand le fait de se costumer pour aller en convention amène au harcèlement (en gros, si vous avez mieux comme traduction n’hésitez-pas).

* Ceci n’est pas juste un cliché, je vous invite à vous rendre à Japan Expo par le RER -_-
** Mot péjoratif qui qualifie les adolescents fans de Naruto en costumes de Naruto. Notamment lorsque le costume n’est pas réussi, acheté, ou fait à partir de vêtements achetés (un combo en somme).

*** Une série de Télé-Réalité produite par la chaine US Sy-Fy et aussi passionnément détestée qu’adoré !

Charte de non-harcèlement en convention.

Bonjour à toutes et à tous !
Alors que je parcourais le très bon webzine Themarysue.com hier, je suis tombée sur cet article très intéressant où il est  question de cette culture du harcèlement très présente dans notre société… et qui se trouve exacerbée sur internet (jeux en ligne, forums) mais aussi en conventions.
Aux Etats-Unis de plus en plus de conventions mettent en place une politique de tolérance zéro  face au harcèlement. Cette politique s’appuie généralement sur une charte que les visiteurs s’engagent à respecter lorsqu’ils achètent leur billet pour la convention.

Pourtant, en France, aucune convention à ma connaissance ne s’est jamais penché sur ce problème. Notre petit hexagone résiste-t’il encore et toujours à ce phénomène ?

Le harcèlement en convention, really ?
Je vois déjà les blasé(e)s du fond pousser un soupir a fendre l’âme, se demandant sur quelle « catégorie de geek » le doigt de la justice va encore s’abattre sans vergogne. Que neni les amis, ici pas de jugement hâtif ! Posons-nous d’abord la question de ce que c’est que ce harcèlement en convention et qui sont ses victimes.

Petite définition Larousse :

Harcèlement, de harceler : Soumettre quelqu’un, un groupe à d’incessantes petites attaques : Harceler l’ennemi.
Soumettre quelqu’un à des demandes, des critiques, des réclamations continuelles : Les journalistes harcelèrent le ministre de questions.
Soumettre quelqu’un à de continuelles pressions, sollicitations : Il faut le harceler pour obtenir quelque chose.

Sexisme et cosplay en France : mythe ou réalité ?

Sexisme et cosplay. Voilà un sujet qui a fait pas mal coulé d’encre outre-atlantique mais qui reste peu traité chez nous. Est-ce par pudeur, par lâcheté ou tout simplement ce phénomène est-il beaucoup moins présent chez nous ?

"UGH ! ça devrait être interdit par la loi de faire un cosplay d'un personnage qui n'a pas le même corps que soit..." "Raté !"
« UGH ! ça devrait être interdit par la loi de faire un cosplay d’un personnage qui n’a pas le même corps que soit… » « Raté ! »

Je lisais il y a peu une interview de trois cosplayeuses US à propos de féminisme et de sexisme. j’ai trouvé intéressant de noter les différences de discour de ces trois femmes : leur façon de cosplayer, leur vision du féminisme, leur relation au corps avec et sans costume, leur vécu en convention. Des discours tous très personnels mais aussi incroyablement marqués par un réel désir de liberté. Cet article m’a donné envie d’écrire sur le sujet et c’est tout naturellement qu’après réflexion j’ai voulu connaitre le ressenti de cosplayeurs français que je connais. Pourtant quelle ne fut pas ma surprise en lisant leurs réponses : beaucoup d’entre eux me répondaient qu’ils ne se sentaient pas du tout concernés par le sexisme inhérent à leur hobby mais qu’ils liraient mon article avec attention, d’autres on répondu un peu à côté de la plaque, confondant sexisme et sexy. Je me suis rendue compte que le sujet n’était tout simplement pas maîtrisé par tout le monde et que si je souhaitais ouvrir le débat il me fallait commencer par les bases. je vous livre ici ce qui est ma réponse personnelle à ces questions (qui ont l’air toutes bêtes mais qui visiblement ne touchent pas les cosplayeurs français, avons-nous enfin trouvé la recette ultime du parasexisme ? Sexisme et cosplay c’est tout de suite sur ce blog (annonce Dallas).

Le cosplay est-il un loisir sexiste ? Et si oui ce phénomène touche-t’il la France ?

Sexisme : Attitude discriminatoire adoptée à l’encontre du sexe opposé.

Cette cosplayeuse asiatique en déesse Athena
Cette cosplayeuse asiatique en déesse Athena

Je fais du cosplay depuis de nombreuses années maintenant (14 ans pour être précise) et même lorsque je passais moins de temps dans ce milieu, j’ai toujours gardé un oeil dessus. J’ai été surprise de constater, ces deux dernières années notamment, le nombre grandissant d’articles traitant de sexisme en convention. De nombreux médias ont traité de ce sujet via des dossiers, des articles sur internet ou dans la presse, des tumblrs y sont même consacrés, allant de du fait divers à l’anecdote, en passant par des initiatives visant à sensibiliser le grand public aux problèmes de harcèlements dont sont victimes les cosplayeurs. Vous le remarquerez comme moi, l’énorme majorité de ces articles sont écrit en anglais, rapportent des faits arrivés dans des conventions américaines et sont partagés par des cosplayeurs américains sur leurs pages facebook. Du coup je me suis dit quelque chose comme « génial cette prise de conscience des cosplayeurs ! Il était plus que temps que cessent ces attaques incessantes et gratuites du publique des conventions contre tout ce qui n’est pas Jessica Nigri » (pour qui j’ai le plus grand respect et qui est une jeune femme certainement très bien, je ne juge pas, je donne juste un exemple). Alors j’ai brandi mon petit point très très haut et j’ai appelé tous es cosplayeurs que je connais à témoigner avec moi sur mon blog contre le sexisme et l’injustice en convention. Et ils m’ont répondu qu’ils ne comprenaient pas de quoi je parlais. Et je me suis dit que peut-être que tout bêtement la France était épargnée. Et pourtant…

... La vie d'une cosplayeuse en convention
… La vie d’une cosplayeuse en convention

Sexisme et cosplay à Paris lors d’une convention.
C’est l’histoire d’une cosplayeuse d’une vingtaine d’années qui se promène dans les allées d’une convention vers la Porte de la Villette. Le nom de la convention m’échappe, certainement celle organisée par les élèves de l’iSC un an avant de lancer leur « Japan Expo » (donc il y a un paquet de temps quand même), mais elle ressemble à n’importe quelle convention dans le monde quelque soit le lieu et l’époque : chaque allée est délimitée par des stands de boutiques chinoises qui vendent des imitations de peluches, DVDs, artbooks et j’en passe, les visiteurs flânent en comparant les prix d’un étal à l’autre et s’extasient devant celles et ceux qui portent les tenues de leurs héros préférés. Un monsieur s’approche de la jeune femme, celle-ci porte une tenue en satin noir : body, gants et bottes qui montent au-dessus du genou. Elle porte une perruque blonde et un foulard rouge lui enserre la taille. Le monsieur arrive tranquillement, il sourit à la fille, tends le bras, lui touche la poitrine en la félicitant pour son joli costume. Vous suivez ? IL LUI TOUCHE LA POITRINE. Comme ça. Gratuitement. La fille recule surprise, consternée, effarée, bouchée bée. Le type repart comme il est venu, tranquilou. Les réactions face à ce geste odieux ? Mitigées et mollassonnes, on s’accorde à dire que franchement c’est un peu abusé mais en même temps avec un costume pareil faut pas être trop surprise.

Sexisme et cosplay : les mecs aussi sont concernés.
C’est l’histoire d’un cosplayeur français qui souhaite faire une séance photo de son chouette costume : une mascotte impressionnante de réalisme qui lui a valu une première place lors d’un concours et qu’il porte avec fierté. Alors qu’il se renseigne auprès des photographes qu’il connait pour organiser cette séance il apprends que tous on des emplois du temps très chargés et n’ont pas actuellement de date à lui proposer. Loin de se décourager notre ami cosplayeur cherche sur internet des photos de lui lors du concours ou dans les allées de la convention durant laquelle il a porté son costume. Il en trouve finalement quelques unes, noyées au milieu des très nombreux clichés de jeunes femmes en costumes minimalistes. Il apprendra par la suite que certaines cosplayeuses (des femmes donc) n’ont pas eu de soucis à booker une séance avec les mêmes photographes qu’il avait contacté; lorsqu’il pousse un coup de gueule sur internet le monde entier lui répondra : « drama queen » (c’est abusé parce qu’ils auraient pu le traiter de « drama king » mais non dès que tu fais un drame tu as alors une attitude de nana, d’ou le « queen »).

"Excusez-moi ?" "Savez-vous où se trouve le stand de figurines ?" " Bien sur. " "J'en ai un que vous pouvez checker juste là." "Je...Je ne crois pas..." "Tu ne veux pas nous montrer ta cutie mark (ça se trouve sur la fesse) mon coeur ?" "Je...je dois y aller" " Ce derrière est magique." "c'est putains de bronies (garçons fans de Mon petit Poney), Ils ne sont la que pour se faire remarquer."
« Excusez-moi ? » « Savez-vous où se trouve le stand de figurines ? »  » Bien sur.  » « J’en ai un que vous pouvez checker juste là. » « Je…Je ne crois pas… » « Tu ne veux pas nous montrer ta cutie mark (ça se trouve sur la fesse) mon coeur ? » « Je…je dois y aller »  » Ce derrière est magique. » « c’est putains de bronies (garçons fans de Mon petit Poney), Ils ne sont la que pour se faire remarquer. »

Ces deux histoires se sont passées en France et sont deux exemples d’une incroyable banalité du sexisme et du manque de respect dont sont victime les cosplayeurs en convention. Un homme qui tripote une jeune femme sans être une seule seconde inquiété des conséquences de son acte puisque personne ne dira rien et que la fille est resté figée sous le coup de la surprise. Ceci, ce geste, c’est du harcèlement, c’est une agression physique envers la cosplayeuse. Une agression d’une banalité affligeante puisqu’il est impossible de donner un nombre précis du nombre de mains qui vont ici effleurer une fesse, là une poitrine, la-bas la taille dénudée d’une cosplayeuse ou d’un cosplayeur lors d’une convention. Et lorsque ces messieurs-dames se plaignent on leur réponds clairement qu’ils cherchent un peu aussi avec leur costumes …
En quoi est-ce que c’est sexiste ? Simplement parce qu’un homme qui touche, effleure, tripote une femme en convention sous prétexte qu’elle porte un costume sexy la rabaisse au niveau d’un objet, d’un fantasme, de part sa nature féminine accentuée par son vêtement ou son attitude sexy il lui retire son droit à exister en tan qu’être humain doué de désirs ou, dans ce cas, du non-désir d’être touché (à ce sujet une excellente campagne a déjà fait le tour d’internet cosplay is not consent). Il en va de même avec les visiteuses qui tripotent les abdos des cosplayeurs garçons ! Le sexisme c’est dans les deux sens, vous suivez ?

Des cosplayeurs écrivent les pires remarques de la journée sur une ardoise; ici pour Mystique "Tu peux me tuer mais baise moi d'abord"
Des cosplayeurs écrivent les pires remarques de la journée sur une ardoise; ici pour Mystique « Tu peux me tuer mais baise moi d’abord »

Le garçon au cosplay impressionnant peut-il, lui aussi, faire part de son désaccord face au sexisme ambiant de ce milieu ? Parfaitement ! Le sexisme étant une attitude discriminatoire envers un sexe, il est très clair que le « sexe faible » du cosplay c’est l’homme. Celui qui est moins (ou pas, selon les cas) représenté dans les médias. Celui auquel les photographes portent moins d’intérêt (il suffit de voir le nombre de séances photos avec des mecs et de comparer avec le nombre de séances photos avec des filles ). Celui qui souffre d’autant plus de discrimination que l’on ne connait même pas son nom : citez-moi pour voir 10 noms de cosplayeuses très très talentueuses puis 10 noms de COSPLAYEURS très très talentueux, de tête, sans chercher sur internet.

Alors peut-on dire que le cosplay c’est sexiste ? Oui et non. Le cosplay favorise les comportements sexistes des deux côtés de la barrière : les visiteurs et les fans agissent avec les cosplayeurs de sexe opposé (notamment ceux qu’ils trouvent attirant) comme s’il s’agissait d’objets de désir. Les photographes dont 95% sont des hommes prennent en général plus de photos de costumes portés par des femmes que pas des hommes (je ne dit pas que c’est juste ou injuste, je constate seulement). De part leur attitude il favorisent une forme de sexisme. Les cosplayeurs, enfin, n’arrangent pas la situation puisqu’il n’ai pas rare que les cosplayeuses en tenue « sexy » soient dénigrées par leur comparses … pour leur choix de costume !

Le meme du type qui critique un cosplay sexy sans savoir qu'il s'agit d'un personnage qui existe... juste parce que c'est sexy !
Le meme du type qui critique un cosplay sexy sans savoir qu’il s’agit d’un personnage qui existe… juste parce que c’est sexy !
J'avais 20 ou 22 ans et je jouais le jeu de l'hyper-sexualisation du cosplay pour me créer une armure.
J’avais 20 ou 22 ans et je jouais le jeu de l’hyper-sexualisation du cosplay pour me créer une armure.

 

Une note de plus sur mon vécu personnel en convention.
Je suis d’autant plus surprise quand je lis que des cosplayeurs ne voient pas en quoi le cosplay c’est sexiste alors même qu’une grande partie des réactions qu’ils suscitent sont sexistes. Est-ce parce qu’ils ne s’en préoccupent pas ? Parce qu’ils ne le voient pas ? Parce qu’ils refusent de le voir ? J’ai moi-même longtemps nié l’évidence, préférant jouer de mes costumes sexy comme d’une arme, me sentant invincible parce que séduisante. Les remarques fusaient, positives comme négatives et il m’a fallu quelques années et pas mal de points de maturité en plus au compteur pour me rendre compte de toute l’implication de ces mots et de mon attitude en réponse : j’acceptais d’être un objet, car enfin j’attirais l’attention et les compliments, je souriais de ces remarques parfois à la limite de l’insulte et me drapais dedans comme dans une cape qui me protégeait et me cachait tout à la fois. Je m’effaçait complètement derrière le masque d’une cosplayeuse sure d’elle et provocatrice qui se moquait bien de ce que les autres pensaient d’elle… en réalité il m’a fallut quelques années pour me reconstruire et apprendre à me connaître, à connaître mes limite et celles que je souhaite aujourd’hui placer entre le reste du monde et moi.

Sexisme et cosplay, une réalité.