Cosplay, Cospositive & Bodypositive

Le mouvement Cospositive est un véritable ras-de-marée de bienveillance aux Etats-Unis. Massivement adopté par les cosplayeurs américains, il peine encore un petit peu à trouver sa place en France.

Cospositive, est-ce simplement un hashtag sur les réseaux sociaux ou une véritable réflexion ? Inspiré d’un mouvement féministe prônant la bienveillance, le mouvement cospositive prend tout son sens à l’heure où le cosplay n’est plus un hobby confidentiel mais un véritable divertissement rendu populaire par les réseaux sociaux.

#Cospositive, héritage cosplayesque du #bodypositive

Le mouvement Cospositive est directement inspiré de The Body Positive. Créé aux États Unis en 1996 par Deb Burgard, Connie Sobczak et Elizabeth Scott, ce dernier repose sur un concept simple : aimer, accepter et être indulgent envers son propre corps. A l’origine, il s’inspire du Fat Acceptance Movement (Mouvement d’Acceptation des Gros) de 1967. À l’époque, 500 personnes en surpoids se retrouvent à Centra Park, New York, pour dénoncer le fat shaming social. Sobczak, marquée à l’adolescence par ses troubles alimentaires puis par la mort de sa soeur, suite à des troubles identiques et Scott, psychothérapeute spécialisée des troubles de l’alimentation, espèrent changer radicalement le rapport au corps qu’entretient la société américaine. Le mouvement Body Positive se veut inclusif, c’est-à-dire qu’il célèbre tous les corps, tous les genres, les ethnies et morphologies, sans discrimination ni hiérarchie. L’évolution massive du cosplay sur internet et son adoption par le grand public ces dernières années ont rendu cruciale cette problématique d’inclusivité.

En effet, de nouveaux cosplayeurs se lancent chaque jour dans l’aventure. Il devient de plus en plus aisé de trouver du contenu « cosplayesque » et un public moins averti, moins connaisseur aussi, se passionne pour le travail des cosplayeurs. Friand de costumes impressionnants et de séances photos « professionnelles », ce nouveau public apporte avec lui les stéréotypes qui gouvernent les produits culturels dont il a l’habitude. Pour comprendre ce phénomène, retours dans les années 2000-2010. À l’époque, la télévision est le seul écran que nous utilisons quotidiennement et les ventres plats, les brushings hollywoodiens et les sourires « colgate » règnent en maître depuis les années 90 (Pamela si tu nous entends).  Le cosplay, resté un loisir avant tout créatif depuis les années 80, sacre ses icônes à la qualité de leurs costumes : Tristen Citrine et ses corsets, le duo japonais Barbie et Kai Tada et leurs costumes de Sailor Moon frisant la perfection… Mais c’est avec l’expansion d’internet dans tous les foyers et le développement rapide de technologies d’e-commerce, que le public commence à se diversifier. Et de fait, les « Cosplayeuses sexy » vont mettre à profit les opportunités qu’offre internet et séduire des internautes avides de séances photos « geek et sexy ». C’est cette première vague d’amateurs « grand public », pas forcément intéressé par le côté « DIY » du cosplay, qui va participer à créer un mythe de la cosplayeuse « objet de fantasme », qui définira ce hobby pour les générations à venir. Le cosplayeur était jusqu’alors un acteur principal des convention mais passe de l’état de sujet à celui objet. Qui dit objet de fantasme dit chose inanimée qui n’a pas de désirs propres, qui est soumise aux désirs du visiteurs/internautes/spectateurs. Car le public attend du cosplayeur qu’il ressemble physiquement au personnage dont il est fan, qu’il se comporte de la même façon, bref qu’il réalise un fantasme en donnant vie à ce héros adoré.
Il devenait urgent de rappeler la diversité des corps, des origines, des styles, des genres, des morphologies qui composent la communauté des cosplayeurs.

Body Positive : le cosplay pour tous !

Le cosplay est un loisir à la fois très solitaire et très mondain. Le costume est créé la plupart du temps dans un espace privé (chez soi, dans son atelier) et rarement en groupe : le cosplayeur passe des heures à coudre, broder, assembler, coller. Une fois réalisé, il est porté dans l’espace public : la convention. Cet espace est soumit à des règles comme la politesse, le respect, voir s’habiller ( je n’ai personnellement pas envie d’aller à Japan Expo comme j’irai à la plage, mais ce sujet fera l’objet d’un autre billet). Pourtant, avec l’arrivée du grand public, on attend du cosplayeur qu’il se fonde dans le décors, comme des figurines à la plastique impossible et au sourire silencieux. Ce public juge au physique, à la ressemblance, à l’image qu’il se fait d’une interprétation « réelle » de son personnage préféré.
Le mouvement Cospositive encourage tous les cosplayeurs (qu’ils ressemblent ou non à des playmates russes) à se réapproprier les allées des conventions. C’est une bannière derrière laquelle se rassemblent cosplayeurs et fans de cosplay partageant les mêmes convictions et valeurs d’inclusion et de respect. Les cosplayeurs qui se revendiquent du mouvement #cospositive envisagent le cosplay de façon bienveillante et finalement très simple : rendre hommage, incarner des personnages, s’amuser ensembles autours d’une passion commune et d’une même culture. le mouvement Cospositive est à la fois une grande avancée en matière de réflexion sur notre façon de juger les autres et un retour aux sources indispensable pour le cosplay. Il n’est plus questions de juger le cosplayeur mais de l’intégrer. Et ce, même si ce dernier poste des photos de lui sur internet où se joue parfois la compétition ultime pour bien des cosplayeurs : la course au like.

D’autres mouvements ont fait leur apparition ces dernières années  : CONsent = Cosplay is not Consent, Cosplay is for Everybody ou encore les Cosplay Senpai. Ils feront l’objet d’autres articles tout au long du mois de Mars.

Cospositive : dérives et détournements.

Le mouvement Cospositive, comme tous les concepts qui se développent via les réseaux sociaux, connait lui aussi sont lot de dérives, de critiques ou de détournements. Je traiterais de ce sujet en profondeur ce mois-ci sur le blog. Vous pouvez déjà m’envoyer vos questions, vos remarques ou vos expériences soit en commentaire soit directement par email.

Credit photo : je n’ai pas retrouvé le nom du photographe mais c’est David Chan qui incarne Marraine la Bonne Fée, LE cosplayeur Bodypositive et l’une des figures les plus inspirantes de la scène cosplay actuelle. Derrière lui : Popette et Nikita.

Pauline, alias Popette, fait du cosplay depuis 2000 et représente la France au World Cosplay Summit en 2004 et 2005, au Japon. En 2016 Popette décide de se lancer dans une nouvelle aventure : épaulée par les éditions Glénat et forte du succès de son blog, elle écrit un ouvrage sur le cosplay, premier dans son genre en France. L'Abécédaire du Cosplay sort le 28 juin 2017.
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