Cosplay : tatouage, gros ventre et jambes poilues !

Mon dernier article ici date d’il y a plus d’un mois. Je pourrai vous dire que c’est parce que j’ai cousu pleins de nouveaux costumes mais ça serait de la fiction. J’en ai commencé 3 nouveaux, fini aucun et joué des heures à Hyrule Warriors en mangeant du chocolat. Je n’ai pas honte parce que j’ai kiffé même si ça voulait dire vous délaisser un petit peu. Et puis hop me revoilà ! Avec PLEIN DE CHOSES A DIRE !

Son costume est pas mal mais si elle avait caché son tatouage ça serait largement mieux !

Je suis allée à Japan Expo Sud et j’ai eu la chance de voir en live les sélections du World Cosplay Summit sur scène. Cette année le niveau des prestations était démentiel et les choix de séries des participants ont offert un spectacle varié avec des Princesses, des Guerrières, du vynil, des froufrous, de l’émotion, de la passion, du suspense… bref il y en avait pour tous les goûts.

Le groupe Card Captor Sakura de Ainlina et Raza a remporté mon coup de coeur personnel : je les ai trouvé mignonnes, attendrissantes et surtout elles communiquaient leur plaisir d’être sur scène à travers une prestation toute choubidoubidou. Pourtant lorsqu’elles sont passées sur scène quelqu’un a dit dans le public que la Sakura aurait été mieux sans son tatouage apparent. La remarque m’a choqué et j’ai immédiatement eu envie de répondre que cacher ses tatouages en cosplay c’est comme de devoir cacher ses bourrelets, ses cernes ou sa cellulite  : c’est du body-shaming gratuit. Pourtant alors même que les mots commençaient à sortir de ma bouche je me suis rappelé m’être posé la même question à plusieurs reprises vis à vis du gros R2D2 qui trône sur mon bras droit : le cacher pour coller au plus près à l’image de référence ? Le garder ? Et du coup si je cache mon tatouage est-ce que je dois cacher mes bourrelets, ma cellulite et ma peau d’orange vu que le personnage d’origine n’en a pas ? On en a déjà discuté dans un précédent article, surtout pour ce qui touche à la morphologie dans le cosplay. Pourtant je me rends compte en vous écoutant discuter en convention ou en lisant vos commentaire sur internet qu’il y a encore beaucoup de choses à dire sur le sujet.

Raza et Ainlina trop meugnonnes en Sakura et Shaolan
Raza et Ainlina trop meugnonnes en Sakura et Shaolan

Faut-il ressembler au personnage que l’on cosplay à 100% ?

Lorsque les cosplayeurs français participent à un concours de cosplay ils ne rigolent pas avec le critère de ressemblance : en France plus que partout ailleurs le costume porté lors d’un concours doit-être strictement le même que sur l’image de référence présentée par le participant. Des erreurs de proportion, de couleur, des détails manquant et ce sont à coup sûr des points en moins sur la note finale. Pourtant il ne me viendrait pas à l’idée de juger la ressemblance physique avec le personnage. Je crois fermement que le cosplay est un loisir ouvert à tous même en concours. Par exemple un cosplayeur grand et fin devrait à mon sens avoir le droit de cosplayer Super Mario. Dans le cas d’un « gros concours » où l’on attend du candidat qu’il mette le paquet sur son costume j’imagine qu’un gros nez et un gros ventre sont un plus. C’était le cas du costume de Sikay à Japan Expo il y a quelques années. Son sens du détail concernant le physique du personnage avait renforcé le côté rigolo de son interprétation de Mario. Pourtant Sikay n’avait pas poussé jusqu’à rembourrer ses bras et ses jambes pour donner un aspect plus « court sur patte » comme le personnage, sa transformation était à mon avis amplement suffisante. Et c’est là que je me rends compte de mon premier dilemme : je pense que chacun devrait cosplayer sans avoir à se cacher ou à avoir honte de son physique, pourtant j’approuve le sens du détail lorsqu’un cosplayeur ajoute de la masse à son costume pour ressembler à un personnage. Alors qu’il ne me viendrait jamais à l’idée d’approuver l’inverse, c’est à dire d’attendre d’un cosplayeur qu’il retire de sa propre masse de quelque façon que ce soit pour ressembler au personnage.  Et s’il est difficile de juger du respect des proportions d’un costume sur un cosplayeur qui a un physique très éloigné de celui du personnage cosplayé, il est tout aussi compliqué de juger de la ressemblance physique concernant la couleur de peau, les tatouages…

Couleur des yeux, des cheveux, de la peau…

Couleur des yeux, des cheveux, de la peau…

Kamui très convaincante en Symmetra sans Bodypainting !
Kamui très convaincante en Symmetra sans Bodypainting !

Quand un cosplayeur veut ressembler à 100% à un personnage il met une perruque et, si ces yeux les supportent, des lentilles de contact colorées. C’est une pratique qui semble normale, voir indispensable pour les cosplayeurs. Pourtant lorsque vient la question de changer ou non sa couleur de peau, les avis sont partagés et les débats enflammés tournent parfois au lynchage collectif. Un cosplayeur doit-il changer la couleur de sa peau comme il change la couleur de ses cheveux et de ses yeux pour faire un cosplay réussi ? Prenons deux cas concrets : le premier serait celui d’une cosplayeuse qui décide de cosplayer Miss Hulk. Pour ressembler au personnage elle prendra soin de faire ou d’acheter la tenue emblématique de cette super-héroïne musclée : justaucorps noir et blanc, bottes, gants et perruque de longs cheveux noirs. Bien entendu elle n’oubliera pas de maquiller son visage en vert. Pour ses bras et ses jambes elle pourra utiliser du maquillage ou les recouvrir de tissu vert extensible pour un effet «seconde peau». Le deuxième cas est celui d’une cosplayeuse qui souhaiterait cosplayer Jasmine, Princesse d’Agrabah dans Aladdin. Pour ce costume il lui faut une tenue verte composée d’une brassière, d’un pantalon bouffant et de ballerines, d’une perruque noire et de bijoux dorés. Pourtant, elle se posera la question d’utiliser, ou non, du fond de teint foncé ou du maquillage visant à foncer sa peau. C’est dans le cas de reproduire une couleur de peau considérée comme « naturelle  » (à l’inverse du vert, bleu ou du rose…) que le bât blesse. Les cosplayeurs américains parleront très rapidement de racisme ordinaire, les européens seront plus réservés. Une réaction qui s’explique outre-atlantique par l’histoire du continent et notamment par le traumatisme du blackface, ce genre théâtrale dans lequel les comédiens incarnaient une caricature stérotypée de personne noire dans le but d’amuser les blancs. Grosse ambiance. Pourtant la différence entre une cosplayeuse qui va foncer sa peau pour cosplayer Jasmine et une personne qui va se déguiser en archétype de Princesse arabe pour se moquer d’une culture qu’il ou elle ne comprend pas n’est plus  démontrer. A mon sens, et une fois encore il ne s’agit que de mon avis, les cosplayeurs respectent les personnages qu’ils choisissent d’incarner et globalement aiment rendre hommage à une oeuvre, un personnage, un auteur, un dessinateur ou un univers… Ils ne cosplayent pas pour se moquer mais par respect, par amour, par « fanitude ». Aujourd’hui une cosplayeuse, un cosplayeur, devrait pouvoir choisir de changer ou non la couleur de sa peau, rendre hommage à une oeuvre ou à un personnage, sans craindre de représailles sur internet. Qu’en pensez-vous ?

Le tatouage : on ne sait jamais trop quoi en faire.

Le tatouage qu’arbore votre pirate préféré ou un yakuza de manga sont des éléments importants du «costume» du personnage car ils permettent de le reconnaitre au premier coup d’oeil. Qu’il s’agisse de Ace dans One Piece ou de Daken, le fils de Wolverine, il n’est pas rare qu’un personnage bien badass soit signalé par un ou plusieurs tatouages. Les cosplayeurs prendront soin de reproduire ce tatouage emblématique lorsqu’ils voudront incarner un héros ou un vilain le plus fidèlement possible. Pourtant lorsqu’une cosplayeuse passe sur scène avec un tatouage sur le bras qui n’a rien à voir avec le personnage doit-on lui retirer des points ? Doit-on être choqué, surpris ou simplement en faire la remarque ? Le tatouage est-il obligatoire dans un sens (l’ajouter pour ressembler au personnage) et interdit dans l’autre (le retirer ou le cacher pour ressembler au personnage) ? De la même façon qu’on ne demande pas à un cosplayeur de perdre ou prendre réellement du poids pour un cosplay (même pour un gros concours, faut pas déconner !), il serait très réducteur de juger un cosplayeur sur un tatouage qui ne correspond pas au personnage, comme on ne lui demande pas de mettre des lentilles si ces yeux ne les supportent pas. Un tatouage une fois que vous l’avez fait il fait partie de vous. On ne vous demande pas de cacher votre cellulite ou vos grains de beauté, vos vergetures, vos poils sur les bras et les jambes. Maquiller ou non son tatouage c’est un choix personnel, au même titre que vous avez le choix de vous maquiller ou non, de modifier votre costume ou non (sans prendre en considération le concours ici du coup)… Les produits pour dissimuler un tatouage sont chers et pas toujours uuultra pratique à utiliser : il s’agit généralement d’une espèce de fond de teint hyper concentré dont on doit s’appliquer une bonne couche pour cacher son ou ses tatouages. Il n’est donc à mon sens pas utile de débourser une fortune dans un produit que vous ne réutiliserez peut-être jamais.

 

Au final mes tatouages font partie de moi comme ma peau d’orange, ma cellulite, mes taches de rousseur en été ou les poils de mes jambes que j’oublie parfois de raser… Si je décide de les cacher c’est un choix personnel que je fais en mon âme et conscience et qui ne regarde personne d’autre. Si les juges d’un concours de cosplay me jugent sur la fidélité de mon cosplay et j’entends par là le costume, les cheveux, la couleur des yeux si j’ai trouvé des lentilles de couleur dans ma correction (c’est pas toujours évident), voir même la couleur de ma peau si je choisis de faire le cosplay à 100% (la encore aucune obligation de mon point de vue) alors je me plie à leur jugement. Féliciter une cosplayeuse ou un cosplayeur pour son sens du détail, sa métamorphose bluffante, son cosplay réussi c’est une chose. Attendre d’eux qu’ils cosplayent de la façon dont VOUS envisagez le cosplay et leur demander de changer physiquement, les critiquer sur leur physique et leurs choix, c’est du harcèlement, même si vous n’y pensiez pas. Pensez-y en convention. Si qui que ce soit (jury cosplay, cosplayeurs, visiteurs, photographes, internautes…) me juge sur ma corpulence physique, sur le fait que je ne ressemble pas au personnage d’origine (arrêtons deux minutes de penser que «la norme» ce sont mes idoles de cosplay aux jambes fines et à la poitrine avantageuse) ou même sur les tatouages que n’ai pas caché alors, personnellement et avec tout mon respect je leur dirais un gros fuck ! Pareil si on me demande de porter un collant sous ma culotte. Mais ça c’est une autre histoire… 

Pauline, alias Popette, fait du cosplay depuis 2000 et représente la France au World Cosplay Summit en 2004 et 2005, au Japon. En 2016 Popette décide de se lancer dans une nouvelle aventure : épaulée par les éditions Glénat et forte du succès de son blog, elle écrit un ouvrage sur le cosplay, premier dans son genre en France. L'Abécédaire du Cosplay sort le 28 juin 2017.
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