Jessica Nigri est-elle le chainon manquant de l’évolution des geeks ?

Jessica Nigri est-elle le chainon manquant de l’évolution des geeks ?

Qui n’a jamais croisé une photo de Jessica Nigri sur google ? Cette bimbo blonde est l’égérie de plusieurs compagnies, porte des costumes minimalistes et s’affiche sur facebook dans de courtes vidéos qui rendent ses fans hystériques. Adorée ou conspuée, elle est la cosplayeuse la plus controversée sur internet. Pourtant, celle qui a révolutionné le cosplay « professionnel » serait-elle la clé de notre évolution ?

Nigri, la poupée Barbie des geeks ?

Jessica Nigri affiche ses longues jambes et son ventre plat dans les conventions depuis 2009. C’est un costume de « Sexy Pikachu » acheté dans le commerce qui l’a rendue célèbre. Depuis elle a enchainé les contrats : booth babe, cosplayeuse « officielle », doubleuse… Elle est sur tout les fronts et sa réussite inspire et agace. Blondinette ultra sexy, elle incarne a la perfection Juliette Starling durant l’année 2012. Sa minijupe de cheerleader et sa tronçonneuse ensanglantée font décoller sa carrière, le phénomène Nigri est lancé et ne va plus s’arrêter. La vente de prints* dédicacé, concept lancé par les danseuses exotiques des années 50 aux US, devient sa marque de fabrique et telle une pinup des temps modernes elle vend des photos d’elle à tour de bras via son e-shop ou directement en convention.

Ses costumes font mouche et ses atouts restent sur la touche.

Le principal atout de Nigri ce sont ses seins : faux, rebondis, remontés par des soutien-gorges rembourrés, ses armes fatales sont aussi la cause première de sa disgrâce auprès des « vrais fans » et des « vrais cosplayeurs ». Trop sexy pour être vrai, elle est accusée de ne pas faire ses costumes elle-même**. Jessica Nigri est la représentation ultime de la Fake Geek Girl, cette succube du web qui séduirait les internautes naïfs en se faisant passer pour une nerd pure et dure. Légende ou réalité, personne ne s’est encore manifesté pour récupérer son âme auprès de cette sirènes 2.0.

Plus qu’une simple icône glamour elle est la personnalisation d’un combat sans merci qui voit s’affronter les geeks sur le web mondial : les cosplayeuses sexy sont-elles légitimes, peut-on être une bimbo et une vrai bricoleuse ? A travers les critiques qui lui sont adressées on sent un vrai malaise face à la sur-féminité qu’elle affiche sans complexe et dont elle joue.

Une fan de Pokémon qui a plus d’un tour dans ses Pokéballs.

Si c’est son costume de Pikachu qui l’a initialement fait connaitre, Nigri a su renouveler sa garde-robe en créant des tenues inspirées de ses pokémons préférés. Ces costumes minimalistes aux designs 100% Nigri sont une façon très américaine de cosplayer : aux States il suffit de porter un costume et de jouer un personnage pour être un cosplayeur. Les tenues inventées, le steampunk ou les costumes de fantaisies entrent dans la catégorie « cosplay », alors qu’en Europe il est historiquement indispensable de coller à une « image de référence » issue d’une oeuvre publiée. Cette différence de culture explique en partie l’incompréhension totale de certains cosplayeurs européens envers le phénomène Nigri : comment cette jeune femme en bikini librement inspiré d’un animal de jeu vidéo peut-elle être comparée aux fans qui recréent au détail près les tenues parfois extrêmement compliquées de leurs personnages favoris ?

Outre sa collection de costumes de Pokémons, Nigri possède plusieurs armures inspirées de personnages de la Pop Culture comme Sailor Mars ou Elsa de Frozen et dont la réalisation de ces dernières a marqué un tournant dans sa carrière. La somme de travail fournit pour arriver à bout de ses deux projets et ses progrès techniques lui apportent la crédibilité de crafteuse*** dont elle manquait jusque-là. La création d’armures en worbla devient une façon pour Jessica Nigri de prouver à ses fans et à ses détracteurs qu’elle est aussi capable de faire toute seule de très bons costumes.

La révolution Nigri inspire les starlettes… et les féministes.

Le succès planétaire de Jessica Nigri fait des envieux et inspire des vocations. Les cosplayeuses sexy ont prit d’assaut les réseaux sociaux avec plus ou moins de succès et plus ou moins de déontologie, tentant de détrôner la reine Nigri et de poser leur postérieur peu vêtu sur un trône de fer virtuel, aux bénéfices bien réels. Ses formes assumées et ses clones aguicheurs font d’elle la cible idéale pour les détracteurs d’un genre de cosplay pourtant aussi vieux que les conventions.

Mais au-delà de la lutte pour la crédibilité de Nigri se pose la question du regard de la communauté geek sur le droit qu’ont les cosplayeuses à jouir de leur corps. La couturière chevronnée se doit-elle d’être couverte de la tête aux pieds pour voir son travail respecté ? La bricoleuse hors-pair a-t’elle besoin de couvrir son corps entièrement pour exposer l’armure qu’elle s’est fabriqué ? La question du droit des femmes à être maitresses de leur propre corps est l’un des combats fondamentaux du féminisme et l’histoire de Jessica Nigri représente presque un cas d’école. Femme à l’ultra-féminité assumée, elle perd toute crédibilité de femme d’affaire ou d’artisan dès lors qu’elle allie sa plastique à ses qualités professionnelles. Pour être reconnue par la communauté geek comme une carriériste artistique elle n’a pas le droit d’assumer pleinement les attributs de son sexe.

Et vous , pensez-vous que Jessica Nigri n’est pas une vraie cosplayeuse ? Si ? Pourquoi ?

* Les « prints » sont ces photos dédicacées que vendent les cosplayeuses.
** Jessica Nigri réalise elle-même ses armures en worbla mais délègue une grande partie des travaux de coutures. Elle crédite toujours les artistes, créateurs et cosplayeurs qui travaillent pour ou avec elle.
*** En français : bricoleuse. Le verbe anglais « to craft » (en français « bricoler ») a été adopté par la communauté cosplay internationale.

Crédits photo : Adam Patrick Murray, John Jiao, Beethy Photography, Abichu Productions, David Ngo,

Pauline, alias Popette, fait du cosplay depuis 2000 et représente la France au World Cosplay Summit en 2004 et 2005, au Japon. En 2016 Popette décide de se lancer dans une nouvelle aventure : épaulée par les éditions Glénat et forte du succès de son blog, elle écrit un ouvrage sur le cosplay, premier dans son genre en France. L'Abécédaire du Cosplay sort le 28 juin 2017.
4 comments
  1. Pour moi il n’y a pas de vrai ou de faux cosplayeurs, je fais partie des bisounours qui pensent que le cosplay est d’abord un loisir fait pour s’éclater, surtout si effectivement la notion de cosplay est beaucoup plus large aux USA que chez nous. On aime ou on n’aime pas Nigri, j’ai tendance à éviter sa page, non pas à cause d’elle, mais des nerds rageux ou avides de chair fraîche qui y pullulent. Les commentaires sont parfois à vomir, je n’ose pas imaginer ce que se prennent dans la tronche nos frenchies qui font des costumes un peu sexy…

    1. Je ne lis JAMAIS les commentaires -_-

  2. J’aime Jessica Nigri depuis son incarnation de Juliet. Elle a saisi une opportunité de vivre de ses prestations (au départ) et cette professionnalisation lui a permis d’améliorer ses talents de cosplayer, prouvant sans conteste son attachement à la pratique. Ce que je trouve regrettable, c’est qu’elle nourrit elle-même ses détracteurs en se justifiant régulièrement sur les réseaux, qui de toute façon trouveraient son silence aussi suspect (bien qu’elle économiserait beaucoup d’énergie selon moi).

  3. Ce que je n’aime pas chez Nigri, ce n’est pas la personne elle-même, elle assume le fait de vivre de ses faux boobs en le mettant en avant dans ses cosplays.

    C’est plus la communauté qui se trouve derrière qui me gêne. J’ai fait l’expérience de voir des filles plus vêtus, mais avec tout de même de la chair apparente de faire traiter de salo** par des gens qui adulent Nigri. Je ne comprends pas…

    Elle a monté un marché là dessus, elle en vit, bah c’est très bien. Elle a été visionnaire sur cette mode, et on ne peut que dire respect pour ça.

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