Le cosplay et la lingerie, oh oui, oh oui !

Il y a quelques temps je me promenait sur internet et je suis tombée sur l’excellent article de Cora Harrington sur les pièces de lingerie les plus adaptées à porter sous un costume. Plutôt que de vous faire une bête traduction de cet article hyper complet je préfères parler d’un sujet qui me plait tout particulièrement : la lingerie ! Certains d’entre vous le savent, le soutient-gorge et le string, le corset et les bas sont autant d’accessoires de mon quotidien (d’effeuilleuse burlesque) et j’avoue être largement décomplexée lorsqu’il s’agit d’aborder le sujet.

Fanservice

Pourtant, montrer sa culotte ce n’est pas bien vu sur toutes les scènes : si l’art de l’effeuillage c’est avant tout l’art de se déshabiller (et croyez-moi c’est ô combien décomplexant), il n’est pas rare qu’une cosplayeuse virevoltante laisse apparaitre le temps d’un battement de cils les rayures de sa petite culotte. Chaque fois la foule a applaudi puis crié au scandale. Dans cet ordre. Chaque fois des cosplayeurs en coulisse ont haussé les épaules et émit un petit « bon, ça c’est fait » un peu blasé alors que d’autres se lançaient des regards entendus lourds de critiques et d’exaspération. C’est étonnant comme dans une communauté largement influencée par la culture manga, l’apparition d’un morceau de sous-vêtement provoque invariablement des réactions négatives. J’ai vu tellement d’animes dans lesquels le « plan-culotte » est une tradition, une blague un peu lourdingue qui amène sur nos lèvre un petit sourire en coin un rien supérieur parce que la jupette courte soulevée par le vent c’est pour les otakus, que je dois être un peu blasée. Alors qu’en étant honnête cinq minutes si je devais regarder une série complète sans une seule petite culotte je serais un rien déçue, comme si je mangeais un gâteau au chocolat sans croustillant en dessous de la crème. Nous, cosplayeurs, baignons dans une culture sur-sexuée que nous tentons de reproduire, et en même temps mettons un point d’honneur à faire disparaitre tous ces petits indices coquins, ces accessoires de séduction inhérents aux manga que nous adorons.

Le fan Service doit-il rester de l’autre côté de l’écran ? Est-ce la société ou nous-même qui condamnons et sacralisons tout à la fois cette culture de l’érotisme léger ? Un personnage imaginaire a-t’il virtuellement plus de droits sur son corps qu’une femme bien réelle ?

Ah my Godess ! Longtemps LA référence du Fan Service fait aujourd'hui figue d'ancêtre...
Ah my Godess ! Longtemps LA référence du Fan Service fait aujourd’hui figure d’ancêtre…

Comme souvent la réponse (à toutes ces questions) n’est ni très noire, ni très blanche (ni à rayures). Il faut chercher du côté des cosplayeuses japonaises (je vous laisse faire la recherche sur google) pour trouver des photos incroyablement proches, visuellement, des scènes que nous pouvons voir dans les dessins animes : filles au teint de porcelaine et à la peau très (très, très, très) lisse, aux grands yeux humides (il y a des lentilles spécialisées pour ça), penchées en avant, la bouche entrouverte, laissant entr’apercevoir un bout de culotte… Ce qui choque, on s’en rend rapidement compte, ce n’est pas tellement le sous-vêtement en lui même mais la mise en scène un peu glauque, voire complètement dérangeante. Parce que la fille regarde l’objectif avec un petit sourire en coin, comme une invitation. Et bien sur parce qu’elle a l’air jeune. Tellement jeune, parfois trop jeune. Je ne sais pas si vous avez déjà fait attention à ce détail mais celles qui posent la jupe en l’air sont souvent plus jeunes que celles qui se pavanent en armure complète. Est-ce par manque de confiance en soit ? Je ne peux pas répondre pour tout le monde mais je me souviens avoir porté des tenues d’un goût douteux dans ma folle jeunesse, à une époque ou je croyais bien peu en moi et encore moins en mon physique. Ce qui me choque quand je me rend en convention c’est l’affolante naïveté et l’enthousiasme avec lequel les minettes de 20 ans (maximum) lèvent leur jupe à la moindre demande d’un type louche avec un gros objectif ! Je me revoit au même âge : un mélange d’insouciance et de naïveté et surtout une grosse envie d’avoir l’air sur de moi, de paraître à l’aise dans mon cosplay. Et quelques années plus tard je jète un oeil dubitatif et un peu gêné à certaines photos que je retrouve enfouies dans les méandres d’un disque dur abandonné.

Ce qui choque dans le fan service, et plus spécifiquement le panty shot appliqué au cosplay, ce n’est donc pas l’apparition du sous-vêtement en lui même mais la mise en scène et le concept de la photo. Trop souvent associé au Lolicon (ou « Lolita Complex », une forme de pédophilie (appelons un chat un chat) associée à la culture manga), ces images dérangent par leur connotation sexuelle. Lorsque cosplayeurs, visiteurs et spectateurs voient une jeune femme poser pour des photographes en levant sa jupe pour faire apparaitre sa culotte, leur vision ne s’arrête pas à ce simple geste, ils ont en tête les codes d’une culture qui navigue entre divertissements coquins et délires érotiques et prennent la pleine mesure d’une pose qui peut sembler « juste » de mauvais goût. Le droit de la femme à montrer sa culotte n’est donc pas remit en cause ici mais se retrouve face à une tradition et une culture inhérente à une communauté et c’est en gardant ça en tête que chacune doit prendre toute la mesure de son geste… Et ne jamais perdre de vue qu’une talentueuse cosplayeuse n’a pas besoin de jouer le jeu du fan service pour trouver sa place dans le cosplay 😉

Pauline, alias Popette, fait du cosplay depuis 2000 et représente la France au World Cosplay Summit en 2004 et 2005, au Japon. En 2016 Popette décide de se lancer dans une nouvelle aventure : épaulée par les éditions Glénat et forte du succès de son blog, elle écrit un ouvrage sur le cosplay, premier dans son genre en France. L'Abécédaire du Cosplay sort le 28 juin 2017.
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