Patreon, Eldorado des cosplayeuses affriolantes

Quand on parle de Patreon et de cosplay, les débats se changent bien vite en lynchages collectifs : insultes misogynes, règlements de compte et beaucoup, beaucoup d’incompréhension. Essayons de faire un petit peu le tri dans tout ce qui est dit, écrit et de comprendre exactement de quoi il retourne.

Patreon, Tipeee, Kofi ne sont pas des noms de Pokémon. Il s’agit de plateformes de financement d’artistes ou ici, de cosplayeurs. Les fans ont ainsi la possibilité de soutenir leurs cosplayeurs préférés via des formules d’abonnement ou de don unique. Toutefois, les cosplayeuses qui osent se lancer dans l’aventure sont considérées comme des playmates de seconde zone qui se font des tonnes de fric en montrant leurs fesses dans des costumes payés par leurs fans. Qui sont ces cosplayeurs et deviennent-ils multimillionaires grâce leur habilité à manier le worbla ?

Patreon, Tipeee, Kofi, de quoi s’agit-il ?

Patreon est un site internet qui permet de devenir mécène d’artistes, moyennant un virement mensuel d’un montant de son choix. Les participations commencent à 1$, pour qui souhaite simplement apporter un peu de soutien sans exploser son budget. A l’origine créé pour aider les musiciens à vivre de leur art (financer un EP, payer une salle de répétition…), le système s’est rapidement imposé auprès de graphistes, d’humoristes et de cosplayeurs.
Les rewards, ou en français «récompenses», sont les goodies ou avantages que chaque patron reçoit en fonction du palier de son abonnement ou de sa donation unique.
Photos dédicacées, pins, morceaux de musique exclusifs ou participer à la création d’une web-série : les patrons ont le choix du budget et du projet. Certaines cosplayeuses proposent des sessions de questions/réponses en live avec leurs abonnés, d’autres des patrons de costumes qu’elles ont réalisés, accompagnés de videos de tuto “pas à pas” pour les reproduire.

Le Tipee de Ainlina

En France l’équivalent de Patreon c’est Tipeee qui a vu aussi quelques cosplayeurs français tenter l’aventure et qui fonctionne sur le même principe.
Enfin, le petit dernier des plateformes de financement s’appelle Kofi et ne propose aucune contrepartie. Pour 2$, soit le prix d’un café, il permet de soutenir son artiste préféré une fois, deux fois, dix fois… sans engagement et sans abonnement.

Patreon, l’eldorado du cosplayeur entrepreneur.

Les “cosplayeurs entrepreneurs” ont ouvert la voix à la professionnalisation du cosplay. Il y a encore quelques années je répondais systématiquement « vivre du cosplay ? impossible ! ». Aujourd’hui, la situation économique a changé et le cosplay est devenu plus que jamais un véritable marché pour qui fait preuve d’imagination, de talent, de beaucoup de motivation et d’une sacrée bosse des affaires. Car il ne suffit pas de poser à moitié nue avec une perruque de Sailor Moon pour réussir sur Patreon. Les cosplayeuses (plus nombreuses et plus influentes que leurs camarades mâles) qui réussissent sur le site sont d’excellentes femmes d’affaires : elles étudient leur fanbase et analysent les attentes de celle-ci afin de créer un contenu riche et pertinent.
Avoir des idées n’est pas suffisant, il faut aussi être bonne en math parce que calculer le coût de production de stickers, pins, badges, prints, les frais d’envoi, le temps passé sur l’ensemble de la production (temps pendant lequel tu n’es pas en train de coudre ou de poncer) et la marge que tu peux te dégager, n’est pas une mince affaire. A cela il faut encore ajouter le contenu à créer, inédit, chaque mois. Patrons de couture à créer, tester, modifier, vectoriser, séances photos à organiser, lieux à trouver, photographe à booker… Et tous les frais qui s’y rattachent comme louer un studio, payer son photographe ou acheter des kilomètres de papier à patron. Définitivement, pour réussir sur patreon il faut savoir faire ses comptes.

Le Kofi de Lily on the Moon

Les cosplayeurs sur Patreon s’en mettent-ils vraiment plein les fouilles ?

Les montant que certain cosplayeurs engrangent chaque mois peuvent donner le tournis : 500€, 800€ ou même plus de 2000€… Pourtant les cosplayeurs qui réussissent sur Patreon ne sont pas vraiment les rois du pétrole. On vient de le voir, créer un Patreon implique d’investir une certaine somme (en amont ou par mois) dans les rewards que l’on donne aux patrons. Mais ce n’est pas tout. Globalement, une fois que tu as calculé ce que ton contenu te coûte et ce que tu devras filer aux impôts, tu peux pleurer face à ce qu’il te reste.
Cas pratique : une cosplayeuse française en auto-entrepreneur gagne 500€ par mois sur Patreon. A cette somme elle retire 26% de charge, il lui reste donc 370€. Dans cette somme elle fera rentrer les rewards et un nouveau costume, indispensable pour entretenir l’intérêt de ses patrons. Je vous laisse calculer les coûts des prints et les envois en France métropolitaine en lettre simple et le prix d’un nouveau costume “pas trop cher” et décider si la somme restante vaut la peine ou non.

Le Patreon d’Ynotece

Oui mais, et les filles sexy en bikini, me direz-vous ? Costumes “boudoirs”, lingerie à thématique geek et vidéo légèrement érotiques sont légions sur Patreon. Alors, on en parle ?

Sexy Patreon.

Sur Patreon, les cosplayeuses “sexy” font un carton : il est possible d’acheter des photos dédicacées d’elles en petites tenues, des polaroids exclusifs ou d’accéder à des vidéos parfois coquines. La pratique choque alors qu’elle n’est pas nouvelle. Il y a 10 ans, des cosplayeuses comme l’italienne Francesca Dani proposaient de s’abonner à un contenu exclusif et plutôt osé sur leurs sites internet. Un business plan hérité des pinups américaines comme Dita Von Teese et qui permet aux cosplayeuses de ne pas se mettre nue gratuitement, un acte qui, même artistique n’est jamais anodin. Beaucoup de lectrices me disent ne pas souhaiter voir de photos de cosplay trop dénudées dans leurs fils d’actualité. Patreon s’impose donc comme LA réponse à cette demande puisque les posts plus “olé olé” ne sont pas visibles sans abonnement.

En définitive, les plateformes de financement permettent non seulement de soutenir un cosplayeur, mais aussi pour les cosplayeurs de prendre la pleine valeur de leur travail. Les heures passées à créer des tenues fantastiques, à se faire un corps exceptionnel, à coiffer des perruques uniques ou à créer les maquillages les plus bluffant sont récompensées par le soutien financier des abonnés.

NEXT : Les cosplayeurs et cosplayeuses français ont répondu à mes questions sur leur expérience Patreon/Tipeee/Kofi. A découvrir très vite ici 😉

SOUTENIR NOS FRENCHIES COSPLAYEURS

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😉 https://www.patreon.com/popettecosplay 😉

LA BELGIQUE ONT LES AIME AUSSI

https://ko-fi.com/nyapycookiie

Pauline, alias Popette, fait du cosplay depuis 2000 et représente la France au World Cosplay Summit en 2004 et 2005, au Japon. En 2016 Popette décide de se lancer dans une nouvelle aventure : épaulée par les éditions Glénat et forte du succès de son blog, elle écrit un ouvrage sur le cosplay, premier dans son genre en France. L'Abécédaire du Cosplay sort le 28 juin 2017.
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